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Editorial : «La liberté opprime et la loi protège»
Le véritable et conséquent débat sur la presse au Maroc n'a jamais été aussi présent dans les esprits et en même temps occulté qu'aujourd'hui.
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Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, invité sur la chaîne 2M, aura beau mettre des gants, nous rassurer sur une «consensuelle» faisabilité du nouveau projet du code de la presse ! Il peut également s'évertuer à en faire l'objet d'un plaidoyer «pro domo». Rien n'y fait, car le projet de code en question semble, jusqu'à preuve du contraire, quasiment renvoyé aux calendes grecques. Concocté dans l'épreuve du feu par l'ancienne majorité, il demeure encore dans les cartons enfouis, alors que la presse connaît des transformations – marquées par des dérives parfois – qui anticipent bel et bien sur le texte de loi, figé à un stade révolu.

Le «consensus avancé» que le ministre évoque n'est qu'une dimension de forme. De même, le fameux «Conseil national de la presse», appelé à réguler le comportement des uns et des autres, doit-il attendre encore la promulgation du nouveau code pour voir le jour et fonctionner ? Ou peut-il simplement être créé par dahir ? A ce niveau, il y va de l'esprit de réforme et de la nécessité d'être efficace. Le ministre de la Communication souligne la nécessité «d'élargir l'espace des libertés démocratiques, dont celle de la presse».

En codicille, il précise que «cela doit se faire dans le respect des préceptes moraux (…) et que le principal repère auquel les journalistes doivent se conformer aujourd'hui est le repère moral» ! Personne ne nie ou renie un tel impératif, mais il est notoire, en effet, que le problème qui se pose aujourd'hui est un problème de législation et de loi, du périmètre de ces mêmes libertés, de la responsabilité collective et individuelle qui sont au journalisme ce que le doigt est à la main.

Ils sont consubstantiels. Jamais la presse n'a, et avec une si rare diversité, autant bénéficié d'une aussi grande liberté qu'au Maroc et aujourd'hui. C'est presque un truisme que de le rappeler. Toutes les professions s'organisent et se plient à une réglementation, sous forme d'ordre ou d'instance. Moins que les autres, la presse ne doit et ne peut y échapper. Encore faudrait-il que des Assises nationales fussent organisées, et qu'un débat responsable s'instaurât. Un penseur du XIXe siècle, Lacordaire pour ne pas le citer, disait bien à propos que «La liberté opprime et la loi protège».

La liberté de la presse au Maroc est un acquis, il se vérifie quotidiennement, parfois abusivement. Pour autant, elle ne saurait échapper au «self-control» ou à l'autorégulation. Un professionnel digne de ce nom connaît les libertés de sa propre liberté, affiche sa responsabilité nationale et sociale et, surtout, doit rendre compte à lui-même et aux autres de sa mission. Tout code de la presse devrait tracer de tels contours, car la liberté ne va jamais sans responsabilité, assumées toutes les deux d'un même tenant.
LE MATIN 18-07-2008   

   
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