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"La situation est désastreuse", affirme Mervat el-Hoz, membre du Conseil municipal de Tripoli.
Selon elle, "près de 20.000 familles sont touchées directement ou indirectement" par les combats qui ont opposé à plusieurs reprises depuis mai des sunnites à des habitants appartenant à la communauté alaouite, une branche du chiisme, dans plusieurs quartiers de la ville côtière et fait 23 morts.
"On compte 800 familles déplacées, qui vivent entassées dans des écoles de Tripoli ou sont réfugiées dans des régions proches", comme le Akkar (nord-est), ajoute-t-elle.
Selon l'Unicef, le Fonds de l'Onu pour l'enfance, plusieurs familles alaouites ont trouvé refuge chez des familles déjà très pauvres dans des villages du Akkar, où la Croix-Rouge tente de fournir des cliniques mobiles.
Dans l'une des salles de classe aménagées en "chambres à coucher" temporaires, Moukhalissa Khaled al-Sayyed, 70 ans, peine à retenir ses larmes.
"Vivre ici est intenable. Je souffre du coeur et du diabète, et je n'ai plus d'argent pour acheter mes médicaments", dit cette femme qui a passé auparavant deux nuits dans un camion avec sa famille.
"C'est la première fois que je vis une situation pareille, je préfère la mort plutôt que d'attendre que quelqu'un veuille bien m'aider", ajoute-t-elle. Sa maison de Moukhalissa est parmi les 236 habitations qui ont été détruites lors des combats, selon les chiffres de la municipalité.
Mais au-delà des dégâts matériels, ce sont surtout les conséquences sociales et sanitaires qui préoccupent les organisations humanitaires.
Dans les quartiers de Bab Al-Tebbaneh, à majorité sunnite, ou de Jabal Mohsen, secteur alaouite, "les habitants vivaient déjà sous le seuil de pauvreté", explique Mme Hoz, la plupart travaillant par heure et sans emploi fixe. Là-bas, ils vivent dans le plus grand dénuement, c'est la misère totale".
"60% des enfants ne sont pas allés à l'école (cette année) et entre 14 et 19 ans, on enregistre un taux d'abandon scolaire de 57%", l'un des plus élevés au Liban, poursuit-elle.
"Nous tirons la sonnette d'alarme, affirme de son côté Fatima Odaymat, une responsable de l'Unicef. "Nous craignons les contagions, notamment parmi les enfants qui n'ont pas été vaccinés".
"Nous allons organiser une campagne de vaccination car nous avons déjà eu un cas de rougeole et un autre d'oreillons", poursuit-elle.
Des médicaments ont été également fournis à environ 4.000 enfants, mais la responsable craint que "la situation ne s'aggrave".
Dans les neuf écoles où sont disséminées les familles, des vieux dorment dans les couloirs en raison de la chaleur des salles, des enfants courent les pieds nus et des femmes lavent à la main des vêtements dans les lavabos.
"En quittant leurs maisons, ils n'ont rien apporté avec eux et la plupart sont aux abois, dit Mme Hoz. Certains nous ont même demandé 1.000 livres libanaises (environ 0,5 euro) pour pouvoir se déplacer et aller inspecter leurs maisons".
La nourriture est assurée notamment par l'institution de Rafic Hariri, du nom de l'ancien Premier ministre sunnite libanais assassiné il y a trois ans.
"Nous avons installé une ligne rouge 24 heures sur 24 et créé un comité d'urgences qui a fourni draps et ventilateurs", précise Mme Hoz.
Mais le temps presse.
"Dans un mois, les écoles vont rouvrir leurs portes. Que feront alors tous ces gens qui ont tout perdu?" demande Mme Odaymat.
"Je n'ai plus d'argent pour aller ailleurs", se lamente Nimr Hamadé Bab Al-Tebbaneh, père de cinq enfants. "Nous ne pouvons plus supporter de rester ici, avec une dizaine d'autres personnes dans une même salle".
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