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 Actualités international :
 
Il faut parler à Robert Mugabe
Par Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal.
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A Lisbonne, le sommet Union européenne-Afrique vient de se tenir sans Gordon Brown, premier ministre de Grande-Bretagne qui voulait protester contre la présence de Robert Mugabe, président du Zimbabwe.

La plupart des pays occidentaux, y compris les États-Unis, avaient imposé des sanctions contre le Zimbabwe à la suite des élections présidentielles de 2002 considérées comme entachées d’irrégularités. Je reviens d’une visite d’État au Zimbabwe. Je m’y suis rendu pour vérifier tout ce qui se dit en Europe sur ce pays et pour comprendre le fond du litige qui l’oppose au Royaume-Uni. Ma conviction est que cinq années de sanctions, notamment l’interdiction de voyages pour plus de 80 partisans du président Mugabe n’ont eu aucune conséquence sur ces personnes. Ce sont les populations qui en sont victimes.

Je ne mésestime pas l’importance des raisons qui opposent le premier ministre britannique au président du Zimbabwe, notamment la nécessité pour ce pays frère de s’orienter vers l’État de droit et de démocratie auquel sont déjà parvenus de nombreux pays africains. Cependant, je pense que lorsque le président Mugabe a saisi les fermes des Blancs, les pays européens auraient dû tenter une médiation entre la Grande-Bretagne et le Zimbabwe au lieu de prendre position pour l’Angleterre. À l’indépendance de ce que fut la Rhodésie, près de 40 000 Blancs sur une population blanche de 240 000, y compris femmes et enfants, possédaient 80% des terres et plus de la moitié des terres fertiles.

Bien entendu, il fallait mettre fin à cette situation. Le problème était de savoir comment. Dès son élection comme premier président du Zimbabwe, Mugabe engagea des discussions avec Londres au sujet des fermiers blancs. Les accords de Lancaster House furent signés mais, selon Mugabe, si Thatcher a respecté ses termes en procédant à un premier versement, Tony Blair s’est montré indifférent et sa ministre du Développement expliqua que le présent gouvernement et la présente génération de Britanniques n’avaient rien à voir avec ce qui a été fait par leurs ancêtres.


Prenons garde que ce développement incontrôlé ne nous échappe

Le président Mugabe m’a expliqué qu’il a passé deux ans à chercher à entrer en contact avec le gouvernement britannique. Mais celui-ci l’a totalement ignoré. Il rentra alors au pays et, s’adressant aux fermiers blancs, il leur indiqua qu’il allait les dédommager pour toutes leurs dépenses d’amélioration des terres, leurs équipements et investissements, mais que, s’agissant de la terre, ils ne pouvaient en réclamer la propriété car ces terres avaient été acquises par la violence.

Aux élections de 2002, l’Union européenne influencée par l’Angleterre, décida de mettre le Zimbabwe au banc des accusés et de lui infliger des sanctions. La situation s’est aggravée avec ces élections que l’Union européenne a jugées non démocratiques, reprochant au président du Zimbabwe l’étranglement de la presse et de nombreuses violations des droits de l’homme.

Aujourd’hui, les choses sont en train de changer. J’ai reçu les responsables des deux partis zimbabwéens d’opposition les plus importants ainsi que ceux du parti du président. Ils m’ont dit avoir déjà engagé un dialogue de normalisation de la situation et de préparation des prochaines élections générales de 2008.

Déjà, l’opposition et le pouvoir se sont mis d’accord sur la Constitution et sur la loi électorale. Ils sont en train de mettre en place une Commission nationale électorale indépendante. Ces éléments nouveaux plaident en faveur d’une levée des sanctions et de la réadmission du Zimbabwe dans la communauté internationale.

Tout cela montre que les sanctions prises à l’encontre du Zimbabwe et le bannissement de ce pays étaient autant de mesures injustes. L’Union européenne a pris fait et cause pour l’Angleterre au lieu de jouer un rôle de médiation. Tous les États africains se sont solidarisés avec le président Mugabe pour qu’il participe au sommet euro-africain la semaine dernière à Lisbonne. Conséquence : nous sommes en train de transformer un conflit bilatéral entre deux pays en un problème entre deux continents, l’Europe et l’Afrique.

Prenons garde que ce développement incontrôlé ne nous échappe. C’est là encore une raison pour aller vers la normalisation des relations entre la Grande-Bretagne et le Zimbabwe. Aujourd’hui, que tous les partis sont en train de préparer les élections,la levée de ces sanctions serait considérée comme un signe d’encouragement et pourrait contribuer, comme je le souhaite, à l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques.
Le figaro.fr 19-12-2007   

   
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