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Idriss Deby Itno, le 6 février 2008 à N'Djamena |
"Je lance un appel solennel à l'Union européenne et à l'initiateur de cette idée, la France, de faire en sorte que cette force vienne s'installer le plus rapidement possible pour alléger le poids que nous supportons aujourd'hui", a-t-il déclaré sur la radio française Europe 1.
"Cela nous aurait aidés si l'Eufor avait déjà été installée", a indiqué le chef de l'Etat tchadien, après une offensive rebelle contre la capitale N'Djamena qui a fait 160 morts. "La communauté internationale doit sauver les Darfouriens menacés dans leur existence", a-t-il estimé.
L'opération Eufor Tchad-RCA vise à déployer quelque 3.700 soldats, dont 2.100 Français, dans l'est du Tchad et en Centrafrique pour protéger 450.000 réfugiés du Darfour (ouest du Soudan) et déplacés tchadiens et centrafricains. Son déploiement a été suspendu au moment où les rebelles ont lancé, le 28 janvier, leur attaque contre le pouvoir de N'Djamena depuis la frontière soudanaise.
Le ministre français de la Défense Hervé Morin a indiqué mercredi à N'Djamena que la planification du déploiement de cette force avait repris avec pour objectif de ne pas accuser plus d'un mois et demi de retard.
Au moins 200 pick-up de rebelles tchadiens ont été repérés à environ 400 km à l'est de N'Djamena, après la jonction entre les éléments qui ont attaqué la capitale le week-end dernier et leurs renforts en provenance de l'est du Tchad, a-t-on appris jeudi de source militaire. "Il y a eu jonction entre la colonne de l'est et les éléments venus de N'Djamena", a déclaré à l'AFP cette source. "En tout, cela donne près de 200 pick-up, peut-être un peu plus".
La colonne a été repérée dans la région de Mongo, préfecture de la région du Guéra, à environ 400 km à l'est de N'Djamena. Elle ne semblait pas en mouvement au moment où elle a été observée. "On ne sait pas ce qu'ils vont faire, si les renforts ont amené du ravitaillement afin de revenir vers la capitale, ou s'ils vont partir ailleurs", a expliqué cette source.
"On a eu du carburant et des munitions", a affirmé pour sa part à l'AFP le porte-parole de l'alliance rebelle partie du Soudan le 28 janvier pour attaquer N'Djamena, Abderaman Koulamallah. "On était repartis vers l'est uniquement pour des raisons logistiques", a-t-il dit au téléphone satellitaire. Le porte-parole a confirmé la jonction entre les deux colonnes rebelles et la localisation dans la région de Mongo.
Mercredi, lors de sa première apparition en public depuis le début des affrontements, qu'il avait vécus retranché dans son palais au coeur de N'Djamena, le président tchadien Idriss Deby Itno avait assuré avoir "le contrôle total, pas seulement de la capitale, mais du pays". Il avait ajouté que les forces gouvernementales "talonnaient" les rebelles, qui tentaient de rejoindre selon lui la frontière soudanaise.
Un petit accrochage a eu lieu mercredi matin à l'est de Mongo entre la colonne de la rébellion arrivant de l'est et des éléments gouvernementaux, a-t-on appris jeudi de sources militaire et rebelle.
Dans la capitale, le calme régnait jeudi matin pour la quatrième journée consécutive. Des commerces rouvrent progressivement leurs portes, et les personnes qui avaient traversé le fleuve Chari pour se réfugier à Kousseri, la ville camerounaise voisine, ont commencé à regagner le Tchad.
La rébellion tchadienne estime que la France a pris "une lourde responsabilité" en soutenant le président Idriss Deby Itno et que sa présence au Tchad constitue désormais "un handicap majeur pour la paix et l'avènement d'un régime véritablement démocratique", selon un communiqué reçu jeudi à l'AFP à Libreville. "La France a pris une lourde responsabilité en prenant fait et cause pour le régime dictatorial, répressif, corrompu, mafieux et illégal, en manipulant de bout en bout le Conseil de sécurité (des Nations unies) pour justifier son intervention armée au Tchad", ajoute le texte de la rébellion.
Le président tchadien Idriss Deby Itno a affirmé jeudi qu'il était "prêt à pardonner" et à accorder rapidement la grâce aux six membres de l'Arche de Zoé, emprisonnés en France après avoir été condamnés au Tchad, si Paris lui en fait la demande, dans un entretien à la radio Europe 1. "Je suis prêt à leur pardonner", a dit M. Deby, qui avait déclaré la veille être disposé à "examiner la question" d'une grâce.
Interrogé pour savoir si cette grâce pouvait intervenir rapidement, le président tchadien a répondu: "absolument". Mais il a insisté sur le fait que la demande devait émaner des autorités françaises. "Si le gouvernement français en fait la demande (...) nous sommes capables de demander leur élargissement", a-t-il dit. "Les enfants tchadiens ne sont pas partis (...) on a pu éviter le pire", a déclaré le chef de l'Etat tchadien.
"Qu'est-ce que ça m'apporte d'avoir six Français en prison en France?", a-t-il demandé, en soulignant que les membres de l'Arche de Zoé avaient été jugés au Tchad "dans le respect de la légalité et la souveraineté" du pays. Dans le même entretien, M. Deby a salué l'aide apportée par la France à son régime, en terme notamment de renseignements, face à l'alliance rebelle qui a attaqué N'Djamena avant d'être repoussée par l'armée régulière.
Le 25 octobre, l'association française L'Arche de Zoé avait tenté d'exfiltrer 103 enfants, présentés à tort comme des orphelins du Darfour voisin, depuis l'est du Tchad vers la France, où des familles d'accueil les attendaient. Condamnés au Tchad, ils ont été transférés en France pour y purger une peine de huit ans de travaux forcés, substituée en huit ans d'emprisonnement conformément au droit français.
Mercredi, le chef de l'Etat tchadien avait ouvert la porte d'une grâce présidentielle en affirmant lors d'une conférence de presse à N'Djamena qu'il n'était "pas impossible, si la France le demande bien sûr, qu'(il) examine cette question".
"Pour le moment je n'ai pas réfléchi à cette question", avait-il ajouté. La grâce présidentielle tchadienne est la seule possibilité de libération pour les six Français.
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