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Pas de recadrage de la Loi de finances
Le compteur du dialogue social a totalisé 50 heures de discussions et 25 rencontres à raison de deux heures par réunion. Un vrai marathon qui, en fin de compte, n'a pas permis d'apaiser la tension sociale.
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Les appels aux grèves sectorielles et générales se sont multipliés et les syndicats ne se font plus prier pour hausser le ton. Mais pour le Premier ministre, contrairement au mécontentement syndical, l'opinion publique a bien accueilli les propositions gouvernementales que l'Exécutif s'est fait un point d'honneur d'exécuter sans trop tarder.

La perception des concertations sociales serait donc différente chez les premiers concernés à savoir les salariés et les fonctionnaires. Cette dichotomie entre le courroux syndical et le sentiment des foules expliquerait-il l'engagement de l'Exécutif, qualifié par les syndicats d'unilatéral, de passer à l'application de son package ? Contacté, Abbas El Fassi qui tiendra incessamment un point de presse sur la question, estime que malgré une conjoncture difficile, le Maroc a bien su amortir le choc. "Le gouvernement est solidaire de la classe ouvrière et des classes démunies d'où son engagement à appliquer le package général ayant trait au dialogue social et dont le coût est de 16 milliards de DH", insiste-t-il. Quant aux éventuelles répercussions sur le Budget de l'Etat notamment au titre de l'année en cours, El Fassi est catégorique: "il n'y aurait pas de recadrage de la Loi de finances". Une décision d'autant plus difficile que le gouvernement a pris à son compte d'appliquer sa feuille de route sociale dès juillet prochain.

Le raisonnement du chef du gouvernement ne fait pas l'économie des acquis de huit ans d'infrastructures, de la non indexation des cours du pétrole malgré une hausse de pratiquement 200% et du maintien du budget d'investissement intact. Il fallait bien marcher sur la corde raide pour sortir d'une situation socio-économique que d'aucuns n'hésitaient pas à qualifier de sans issue menaçant "la crise cardiaque". Mieux, renchérit El Fassi, "le gouvernement a même ouvert des chantiers courageux dans l'agriculture, l'énergie, l'enseignement et la santé". Sur ce dernier registre, un projet de décret sur le Ramed est programmé au Conseil de gouvernement qui se tiendra demain. Un autre projet de décret également à l'ordre du jour concernera le passage à GMT+ 1 pour l'horaire de l'été. Cet ajout d'une heure est justifié par des considérations d'ordre économique visant à alléger la facture énergétique. Et ce n'est, indique le Premier ministre, qu'une mesure parmi une dizaine qui sont dans le pipe.

Quant au renchérissement du coût de la vie, le Premier ministre fait porter la responsabilité aux fluctuations des cours mondiaux des produits de première nécessité. Le Maroc en est devenu très dépendant depuis une dizaine d'années, notamment en boudant la politique de sécurité alimentaire qui continue à faire couler beaucoup d'encre. A titre d'illustration, le Royaume importe 80% de ses besoins en huiles alimentaires. Mais, ce n'est pas pour durer, si on prend en ligne de compte la nouvelle stratégie du secteur agricole. Encore faut-il attendre les résultats pour juger sur pièces.

N'empêche que le chantier est d'ores et déjà ouvert. Or, si le budget général reste intact, il n'en est pas de même pour la Caisse de compensation qui doit subir une réforme de fond pour la rendre plus ciblée. En tout cas, le département de Nizar Baraka, ministre des Affaires économiques et générales, se penche sur les différents scénarii à suivre pour en choisir le plus adéquat.

L'approche gouvernementale s'avère d'autant plus difficile qu'elle bute sur le bouclier de lobbyings ayant longtemps profité du système de compensation. Ce sera un autre vrai examen de passage pour l'actuel Exécutif que d'arriver à exorciser tous ces démons.

Pas de remaniement ministériel

Face aux tirs groupés d'une situation sociale explosive, d'incidents meurtriers comme l'incendie de Lissasfa ou la multiplication des accidents de la route, des rumeurs ont circulé sur l'éventualité d'un remaniement ministériel. Interrogé, le Premier ministre dément : pas de remaniement en vue. Car, de manière générale, le gouvernement estime avoir agi avec beaucoup de doigté et de sérieux face aux crises par lesquelles le pays passe actuellement.
Ce qui n'empêche pas Abbas El Fassi de pointer du doigt la multiplication et l'éclatement syndical qui aurait fini par brouiller les pistes de la représentativité sociale. Le chef du gouvernement va même jusqu'à évoquer, suivant certaines déclarations, la nécessité d'une loi sur les syndicats comme cela a été le cas pour les partis politiques, il y a deux ans. Cela aura le mérite de mieux clarifier les choses et de réduire un tant soit peu la balkanisation galopante de l'arc-en-ciel syndical.
LE MATIN 07-06-2008   

   
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