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Diplomatie : «L'UPM pourrait accélérer le développement du Maroc»
La décision du lieu du secrétariat sera différée au mois de novembre lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères
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LE MATIN : On pourrait, pour commencer, faire le bilan de l'opération Maroc Hexagone qui rythme les relations entre la France et le Maroc ?

FathAllah Sijilmassi : Maroc Hexagone, dont l'objectif premier est de promouvoir le Maroc, a été lancée en 2006. Elle en est donc à sa troisième édition. Nous poursuivons cette initiative qui me paraît être extrêmement positive car elle met en relation plusieurs décideurs et opérateurs économiques marocains et français diversifiés. Elle se tient, d'autre part, dans des régions et des villes différentes auprès des PME et elle intéresse tous les secteurs textile, agroalimentaire, offshoring, formation, services.

Au-delà des rencontres et des mises en relation, que donne concrètement cette initiative ?

Cela donne des résultats concrets. Il y a des projets d'investissements qui sont nés de Maroc Hexagone, des projets d'importation, d'exportation et de partenariats qui, avec l'impulsion du Groupe GIFM, ont été déclinés en créant des emplois et de la valeur ajoutée. Je suis aujourd'hui conforté dans ma conviction que Maroc Hexagone devrait être institutionnalisée. Mon grand souhait est que cette opération soit institutionnalisée, qu'elle devienne pérenne et qu'elle soit prise en charge par les patronats qui ont les moyens et la volonté de la continuer. Cette opération a une vocation bilatérale mais aussi régionale, car beaucoup d'investisseurs que nous voyons veulent utiliser le Maroc comme Hub régional vers l'Afrique, la Méditerranée, l'Europe, ou d'autres continents, confortés en cela par la dynamique des infrastructures comme Tanger-Med, les autoroutes, les ports, les aéroports, les télécommunications… Il y a une attente chez les opérateurs économiques français de voir le Maroc comme un partenaire bilatéral mais aussi de trouver en lui un partenaire qui leur permet de rebondir sur d'autres plateformes et d'autres marchés. De ce point de vue-là, le projet pour l'Union pour la Méditerranée a sa pertinence.

Dans une réunion, vous aviez avancé l'idée que la France et le Maroc pourraient être les moteurs de ce projet comme l'avaient été, en leur temps, la France et l'Allemagne ?

Je le pense toujours et cela me semble plus que jamais nécessaire. C'est un projet qui a évolué notamment sur des aspects liés à la construction européenne elle-même. C'était prévisible et souhaitable pour des questions de cohérence globale. Nous avons au Maroc un axe global et prioritaire qui est celui de nos relations Maroc-UE pour lequel nous avons un agenda lié au souhait de notre pays de parvenir à un statut avancé dans ses relations avec l'Europe. Ceci est une base, un socle de notre stratégie dans la région qui n'est pas récent puisqu'en 1986 déjà, feu Sa majesté Hassan II avait émis le souhait de voir le Maroc adhérer à la CEE. Ce socle peut vivre d'un enracinement régional que l'Union pour la Méditerranée offre. Nous avons une région qui pourrait avoir des raisons de dépérir, en raison du manque d'intégration Sud-Sud, des conflits persistants, des écarts de développement et à cause aussi d'asymétries qui ne font que se renforcer. Mais c'est précisément, parce qu'il y a ces risques que la pertinence du projet d'Union pour la Méditerranée est plus importante à établir que jamais. Il faut se donner les moyens de préparer l'avenir et c'est pour cela que le Maroc et la France se sont investis ensemble de manière responsable et constructive pour faire en sorte que cette union pour la Méditerranée soit un projet qui marche. Sa valeur ajoutée sera peut-être limitée à court terme mais il faut voir ce projet comme un processus qui peut donner une valeur ajoutée croissante à moyen et surtout à long terme.

A condition que l'Algérie, un pays qui compte dans cette équation, joue le jeu ? Pour le moment, nous sommes dans l'expectative.

L'Algérie est un pays indépendant, souverain et responsable de ses décisions. Je voudrais ajouter qu'il est évident que ce projet nécessite une vision moderne et novatrice des relations entre les pays du Maghreb. De quoi avons-nous l'air le 13 juillet lors de ce sommet, quand l'Algérie, notre pays voisin, continue à garder ses frontières fermées avec le Maroc ? Dans ce XXIe siècle que nous cherchons à construire, nous devons savoir que l'UPM nécessite une vision novatrice et moderne des relations entre les deux états quelles que soient leurs divergences qui doivent être traitées de façon moderne. J'espère que ce projet sera un déclic à même de permettre aux autorités algériennes d'avoir une nouvelle vision avec leur voisin et enfin de construire ce Maghreb dont on a tous besoin et qui servira aux peuples du Maghreb.

Faute de quoi et avec une UPM sans l'Algérie, c'est le maillon Sud-Sud qui en fera les frais ?

La communauté économique européenne s'est bien faite au début sans le Royaume-Uni. J'ai, cependant, fortement confiance que l'Algérie fera partie de cette union. Je fais partie de ceux qui croient en l'intelligence des responsables algériens.

Le fait que le secrétariat du projet sera en Egypte nous attriste nous les Maghrébins. Pas vous ?

Aujourd'hui, aucune décision n'est prise. La seule chose que nous savons, c'est que la coprésidence va être partagée entre la France et l'Egypte. Il y a un débat euro-européen sur la durée du mandat de la coprésidence côté européen, alors que du côté Sud, il est établi que cette coprésidence se déclinera sur deux ans. C'est la seule décision prise pour le moment. Le secrétariat, son lieu de résidence et la nationalité du SG ne sont pas encore définis. Tout le reste n'est que spéculation. J'ajouterai que selon mes informations, la décision du lieu du secrétariat sera différée au mois de novembre lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères.

Le 13 juillet donc, 40 chefs d'Etat devraient se réunir à Paris. Quel est leur agenda ?

Les chefs d'état vont établir la charte constitutive de cette union pour la Méditerranée et mettre le processus sur les rails. Ils chargeront leurs ministres des Affaires étrangères de plusieurs points dont le choix du lieu du secrétariat.

Quand vous évoquez les chefs d'Etat, quels sont-ils, côté maghrébin ?

Le Président Khaddafi a déjà donné sa réponse qui est négative, nous attendons celle du président Bouteflika. Le Souverain a confirmé sa participation que j'ai, en tant qu'ambassadeur de Sa Majesté le Roi, notifié aux autorités françaises sur instruction royale. Nous sommes donc aujourd'hui à ce stade du débat. Il n'y a aucune négociation secrète, il y a des intentions exprimées et l'unanimité sur l'essentiel, c'est-à-dire la déclaration finale. Réunir 44 chefs d'état et de gouvernement, c'est déjà un succès certain en matière de signal politique. Il faut bien mesurer que le 13 juillet est une réunion politique. C'est d'un sommet qu'il s'agit avec des chefs d'Etat qui vont prendre une décision politique, de lancer un processus politique qui est celui de l'Union pour la Méditerranée. C'est la dimension noble du processus. Chacun à son niveau, ministre des Affaires étrangères, fonctionnaire, ambassadeur, assumera ses responsabilités.

Avant le 13 juillet, il y a une série de rencontres entre les ministres et les opérateurs des deux rives de la Méditerranée, à Marseille notamment. Un mot sur ces rencontres.

Il faut s'en féliciter. Il y a une véritable effervescence. Les experts de tous les pays ont fait un travail remarquable à Bruxelles et à Rabat pour affirmer l'engagement du Maroc, pour défendre ses intérêts et avoir sa caution dans la constitution de ce processus. La 7e conférence Euromed a été coprésidée par Mme Idrac, ministre française du Commerce extérieur, et Peter Mandelson, commissaire européen chargé du commerce en présence d'une forte délégation marocaine, dont M. Bakkoury qui a été choisi avec cinq autres entrepreneurs pour présenter la vision des pays du Sud. Il y a également les opérateurs économiques qui ont eu leur investissement intellectuel dans ce processus. Je rappelle que c'est à Marrakech lors de la visite d'état du président Sarkozy au Maroc, que les deux présidents du patronat, Moulay Hafid Elalamy pour la CGEM et Laurence Parisot pour le MEDEF, ont décidé de lancer une réunion des patronats méditerranéens qui a lieu le 3 et 4 juillet à Marseille. Cette décision franco-marocaine a été prise conjointement à Marrakech. D'autre part, il faut se féliciter de cet élan de réflexion, de mobilisation et de la multiplicité de ces rencontres qui intègrent les acteurs civils et qui permettent un débat salutaire. Cela nous a aidés à mieux comprendre les différentes dimensions du projet et aboutir à la meilleure configuration d'aujourd'hui. Il faut être ambitieux dans l'affirmation des objectifs et pragmatique dans le déroulement de l'opération.

Etre pragmatique, c'est reconnaître que d'autres processus, comme celui de Barcelone, n'ont pas été des succès...

Nous n'avons pas associé les populations et les sociétés civiles. Les politiques ne doivent pas être déconnectées des populations et de leurs attentes. Nous sommes des politiques qui sont au service des populations. Nous avons le devoir d'associer, de mobiliser, d'écouter, d'accepter la contradiction, de vivre avec, et in fine d'avoir le projet le plus unitaire, le plus homogène et le plus créateur de valeur ajoutée possible. Lors de cette formidable conférence organisée à Paris par le Haut commissariat au Plan à travers laquelle je tiens à rendre hommage à M. Lahlimi et M. de Boissieu, on a vu le Maroc avec une dynamique de progressivité qui commence à marquer des points, à réduire son taux de pauvreté avec une progression de chiffres sur tous les segments des indicateurs économiques et sociaux. Si nous décidons d'aller plus loin dans ce projet pour la Méditerranée, c'est pour que cela ait une contribution tangible pour la promotion de l'emploi et la réduction de la pauvreté et de l'analphabétisme au Maroc. Ce sont les objectifs de l'INDH.

Quand on passe au crible les grands projets de dépollution, d'energie, de l'eau et de la formation inscrits dans l'agenda de l'UPM, on imagine plus les projets pour les grandes entreprises du Nord. L'asymétrie ne risque-t-elle pas de se renforcer ?

C'est un point de départ, à nous de faire des projets qui répondent à nos besoins même si ceux-là y répondent. L'UPM, pour moi, doit entrer dans le cadre de l'INDH, elle doit apporter une valeur ajoutée à ce grand chantier. Nous avons besoin d'une UPM qui crée de l'emploi, qui réduit la pauvreté et l'analphabétisme… Nous faisons déjà tout cela sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi. Nous devons avoir un cœfficient accélérateur pour le schéma de développement économique et social du Maroc et de la région. Nous partons de cette croissance endogène qui est notre schéma de développement et l'UPM sera le coefficient accélérateur.
LE MATIN 04-07-2008   

   
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