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Lorsque des dizaines de musiciens, de chanteurs et d'acteurs se réunissent sous le même toit, c'est qu'il y a un évènement particulier. En effet, un parterre d'artistes marocains s'est retrouvé, mercredi soir, à la Villa des arts de Casablanca, pour célébrer la sortie du dernier travail de Noômane Lahlou, Lamdina Laqdima». Ce nouvel album de neuf chansons, fidèle au style de son auteur, rassemble de nombreux genres musicaux marocains, mais les présente avec une touche moderne.
L'artiste nous explique : «J'ai essayé, à travers cet album, de concilier entre la tradition et la modernité dans la création de la chanson marocaine moderne et de trouver un juste équilibre entre elles». En effet, la chanson marocaine est confrontée de nos jours à deux courants. Selon Noômane Lahlou, nous avons, d'un côté, le goût d'une génération accrochée à ses traditions et à son patrimoine, tandis que d'un autre côté, nous avons le goût d'une génération qui voue une fascination à la chanson moderne, à son rythme rapide et à ses arrangements musicaux au caractère universel.
Une nouvelle musique qui est non seulement demandée par la majorité écrasante de la population, mais est en grande symbiose avec les grandes sociétés de production ainsi qu'avec les exigences de la transmission radio et télé moderne. Un constat qui plaît, mais qui dérange en même temps. Noômane Lahlou nous confie «Je pense que toute cette évolution que connaît la chanson marocaine actuellement est une bonne chose.
On voit qu'il y a de la création musicale, une richesse de styles…mais encore faut il que la nouvelle génération n'occupe pas toute la scène».Pour ces raisons, le chanteur, longtemps absent de la scène artistique, s'est de nouveau mis à l'œuvre dans un album considéré comme l'aboutissement de longues années de réflexion et de créativité au niveau de la composition musicale, comme dans les thématiques traitées.
Ainsi, on retrouve dans les chansons de «Lamdina laqdima» du Issawa, du melhoun, de l'andaloussi, du gharnati, du taqtouqa jabalia, du ghiwane que l'artiste a mélangés harmonieusement avec des genres venus d'ailleurs. On cite parmi ces derniers, les maqamate et modes orientaux purs, dont le kourd, le hijaz, le baladi ou le maqsoum, ainsi que les rythmes occidentaux comme le rock, la house et le blues.
Outre sa richesse musicale, «Lamdina lakdima» est riche au niveau des messages qu'il tente de transmettre. L'album traite en effet de thèmes variés et distincts. Le chanteur nous déclare :«Je me suis inspiré de mon vécu de tous les jours avec ses dimensions spatiales et temporelles. Ce sont surtout des messages qui portent en eux un contenu humanitaire».
Des problèmes sociaux à la vie sentimentale en passant par la politique, l'album touche un peu à tout. Immigration clandestine, chômage, délaissement des villes traditionnelles…sont les sujets dénoncés par l'artiste. Dans certaines chansons, Noômane Lahlou soulève également la problématique du négativisme et du nihilisme, le fait que la jeunesse soit pessimiste et refuse de voir la lumière au bout du tunnel. «J'appelle cette jeunesse à être optimiste, à croire en un lendemain meilleur», précise le musicien.
Afin de bien transmettre son message, l'artiste compositeur a choisi la voie de l'amour et a fait participer des enfants dans son travail. Le travail comporte en outre un duo avec la jeune chanteuse marocaine Asmaa Lamnouer. En marge de la cérémonie du lancement de l'album, deux vidéo-clips ont été présentés à l'assistance, en l'occurrence « Chefchaouen » et « Lamdina lakdima». Le premier nous fait découvrir la beauté de la ville de Chefchaouen, ses paysages, sa médina, ses remparts et ses venelles…Le deuxième clip reflète le regard à la fois nostalgique et critique de l'artiste sur ce qui est advenu des villes traditionnelles marocaines, sur le sort qui leur a été réservé : oubli, perte et désarroi.
Le clip montre comment le patrimoine architectural de ces villes, comment leurs monuments historiques ont été délaissés, ignorés, désertés, abandonnés, et comment tout ceci est le résultat d'un manque de vision et d'un manque de responsabilité manifestes. L'évènement a été également l'occasion pour les artistes présents de se pencher sur les problèmes qu'affronte la chanson marocaine.
Le piratage, l'absence de producteurs, l'absence de soutien des médias audiovisuels pour la promotion de la chanson marocaine, la notion du «deux poids, deux mesures» entre les artistes marocains et ceux venus des pays arabes…ont été dénoncés par l'ensemble des musiciens présents. En attendant que des solutions soient trouvées à ces problèmes, nos artistes nationaux continuent à travailler et à créer au nom de l'amour de l'art.
REPÈRES
Les titres de l'album
> Al Qawarib (Les embarcations.)
Wahdani (Esseulé)
> Allah Kbir (Dieu est grand.)
Chefchaouen.
> Saâdat Lwazir (Monsieur le ministre.)
> Youm Laid (Jour de fête.)
> Iqlab Ramadak (Secoue tes cendres.)
> Sbaah Blaadi (Matin de mon Pays.)
> Lemdina Lakdima (La Ville Traditionnelle.)
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