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Sous-titrée "Jeu sur la mort de l'homme riche", l'oeuvre fut écrite par l'écrivain autrichien Hugo von Hofmannstahl pour le festival musical et théâtral de Salzbourg, qu'il fonda en 1920 avec le metteur en scène Max Reinhardt.
Depuis, "Jedermann" a attiré des centaines de milliers de spectateurs, surtout des Allemands du Sud et Autrichiens, en majorité catholiques.
Le cadre est immuable, en plein air sauf en temps de pluie: le parvis de la cathédrale de Salzbourg dont les cloches rythment la pièce de deux heures. Dans une immense cour, que surplombe la magnifique forteresse, quelque 2.500 spectateurs suivent religieusement.
Blasphémateur, "Jedermann" (tout un chacun, tout le monde) est amoureux de l'argent et des femmes, dont sa maîtresse la vive "Buhlschaft". Il y a sa mère pieuse, ses amis infidèles, Dieu, la Mort, Mammon (l'argent), la Bonté, plus une foule de musiciens et courtisans.
Interpellé par la Mort, pris d'effroi, Jedermann, finit par se convertir in extremis et échappe à la damnation avant de mourir.
Notamment connu pour les livrets des opéras de son ami Richard Strauss, Hofmannstahl, s'inspira en fait des mystères, ce théâtre de rue moyenâgeux particulièrement répandu à Salzbourg pour mettre les gens dans le droit chemin avant le Jugement dernier.
C'est une version de "Everyman", pièce anglaise du 16e siècle, elle-même dérivée d'un conte flamand.
"Oui, la pièce est très faible par endroits", dit à l'AFP son metteur en scène allemand Christian Stückl, en estimant que sa fin - la subite conversion - est difficile à croire, même pour le Diable dans la pièce !
"Mais elle est incontournable", souligne-t-il, expliquant ainsi ce succès ininterrompu: "des dizaines d'années de tradition, une coulisse grandiose, de grands acteurs, la musique, tous ces effets pré-baroques de théâtre, sons de cloches, flammes". De plus "bien des gens se disent: +je me préoccupe jamais de ma dernière heure, et ici on en discute+".
Lors d'une conversation publique avec M. Stückl, qui organise aussi la Passion d'Oberammergau (Bavière), un débat passionné s'instaure sur le théâtre et la théologie.
Le nouveau responsable de la scène au Festival, Thomas Oberender, un Allemand du Nord, estime que "la force de Jedermannn réside dans celle de ses caractères, dans sa grande passion. C'est un grand spectacle en plein air (...) pour toute la famille, de l'enfant au vieillard".
Ecrit dans un allemand pseudo-archaïque, "le texte intéresse aussi par son étrangeté". "Les gens surtout dans les pays catholiques de la région retournent toujours le voir. Ils en connaissent chaque personnage, chaque ligne du texte, les acteurs du moment", dit-il à l'AFP.
Jedermann est bien en Autriche un phénomène de société et toute la presse - sérieuse ou people - dissèque les faits et gestes des principaux acteurs.
Les plus grands de la scène ou du cinéma germaniques finissent d'ailleurs par y jouer: après Curd Jürgens, Maximilian Schell, Klaus-Maria Brandauer, Jedermann est joué depuis six ans par Peter Simonischek, sociétaire du fameux Burgtheater de Vienne.
Après Senta Berger ou Veronika Ferees, c'est la blonde allemande Maria Bäumer, qui incarne cette année la Buhlschaft.
"Jedermann est joué ailleurs qu'à Salzbourg, mais il atteint ici un public qui ne va pas au théâtre, en tout cas pas au théâtre du festival", constate Thomas Oberender.
De fait pour la saison 2007, le programme théâtral officiel de Salzbourg est loin d'être traditionnel: on peut voir une pièce noire de jeunesse de Thomas Bernhardt "Ein Fest für Boris", conçue comme un Anti-Jedermann, ou une oeuvre de l'artiste provocateur belge Jan Fabre "Requiem pour une métamorphose".
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