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Les messages du corps
Le spectacle s'intitule «Source de Vie». Il s'agit d'une chorégraphie créée par Abdelillah Mesbah, danseur de formation et enseignant depuis un an dans son studio Choréart, qui propose des cours de danse de tous types (salsa, hip-hop, tectonic, orientale…) et pour tous les âges.
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Il s'est également illustré en arrière-plan de la prestation de Najat Atabou lors du Concert pour la Tolérance à Agadir en 2007.
Son spectacle mélange danse contemporaine, rappelant les ballets de Réda, enchaînements de mouvements hip-hop, gymnastique et chants. Les danseurs, au nombre de huit (Mehdi Kennar, Amine Rami, Saïd Fakhir, Rachid Samoda, Ilias Fouari, Youness Aboulakoul, Khadija Kabli et Abdelillah Mesbah), gravitent sur la scène autour d'une dizaine de tableaux chorégraphiques représentant les phases d'un scénario sur le thème de la rareté de l'eau.

Ainsi, le show raconte l'histoire de villageois du Sud, en quête du bien précieux, et qui, ne la trouvant pas, expriment leur colère par le biais de mouvements ‘'breakdance'' (au sol et saccadés) puis décident d'invoquer le ciel par voie de ‘'taghounja''. Ceci n'ayant pas d'efficacité sur leur sort, ils décident, après avoir invoqué un sourcier, figure universelle, de migrer vers la ville: là, les danseurs courent au ralenti. Une femme surgit, bondissante, et dominatrice, elle mime la menace de la sécheresse. Puis, arrivés en milieu urbain, ils esquissent des gestes décomposés qui évoquent le côté mécanique du paysage industriel moderne. L'omniprésence de l'eau dans la ville est représentée par des bouteilles à foison, ‘'le gâchis par une poubelle''.

Le chorégraphe a choisi d'aborder ce thème qui est une question vitale et qui concerne tout le monde, pour tirer la sonnette d'alarme, sans toutefois avoir la prétention de proposer de solution. Là n'est pas le rôle de l'artiste: il a tenu à ne pas basculer dans le folklorique, gardant une certaine sobriété dans les costumes et dans le choix de la musique qu'il a voulue internationale et non pas typiquement marocaine, mélangeant percussions fortes et cornemuses écossaises, afin d'universaliser sa création et son message. Son but est de sensibiliser le public au problème du manque d'eau à travers le monde. Et le public, dont l'engouement pour la danse hip-hop explique le succès du spectacle, a apparemment bien compris le message. La diversité des tableaux, la rapidité d'exécution des gestes, le rythme poignant du final ont été plébiscités comme il se doit car rarement danse moderne aura su démontrer une force politique teintée de poésie avec tant de talents et d'efficacité.

Passant du statique au dynamique, du symbolique au trivial, Mesbah traite son sujet avec subtilité: d'abord un trésor en milieu désertique, la «Source de Vie » devient objet de grande consommation dont la valeur est ignorée par les habitants des villes, puis redevient finalement abstraction sous la forme d'une grosse balle molle et bleue sur laquelle les danseurs rivalisent d'acrobaties esthétiques. 2008 est «l'année de la Terre» et le thème du manque d'eau n'est pas à prendre à la légère comme en témoignent les nombreuses campagnes de sensibilisation de la part des pays étrangers pour ne pas la gaspiller.

Si les consciences pouvaient s'éveiller grâce à de jeunes artistes comme celui-là, alors on dire de lui qu'il est «engagé». Interrogé sur ses influences, Mesbah ne souhaite pas citer de noms. Il dit ne pas vouloir se cantonner à un genre mais veut donner libre cours à une certaine versatilité en digérant des références issues de milieux divers et variés comme le jazz, les mangas, les jeux vidéo, le rap, le chaâbi… Son expression n'a qu'un but: «Véhiculer un message à impact par le langage du corps». Mission accomplie.
 Le matin.ma 18-02-2008   

   
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