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A 81ans, il nous livre un film pétillant de fraîcheur, un autre chef d'œuvre, dont lui seul a le secret. Sans concession ni complaisance aucune, «Le Chaos» est un virulent pamphlet de la société égyptienne d'aujourd'hui. Avec son œil critique, il nous plonge dans la débâcle, d'un quartier, et par extrapolation d'un pays, gouverné par la loi du plus fort. Ce qui n'est pas sans rappeler le Maroc d'une certaine époque. Choubra, quartier populaire est un microcosme où cohabitent des énergumènes de tout acabit. Ce lieu, oublié du temps et des autorités est plein de contradictions. Tout à fait à l'image de l'Egypte où d'un côté, il y a la population faible, écrasée sous le poids d'une vie de plus en plus chère. De l'autre, une minorité de riches vit dans une bulle étanche qui l'isole du reste.
Dès les premières scènes, Youssef Chahine assisté par le jeune réalisateur, Khaled Youssef donnent le ton au film. Ils jettent le spectateur, de plein fouet, dans le chaos qui sévit dans toute une société.
Chaos politique qui ponctuera le film du début jusqu'à la fin et qui a pour toile de fond celui sentimental des héros. Ces derniers censés s'aimer et couler le parfait amour, ont tous des peines de cœur. Hatem (Khaled Saleh), plutôt anti-héros, est un policier corrompu, fou amoureux de Nour (Mena Shalaby), sa voisine de palier et seule personne à laquelle il n'arrive pas à imposer sa loi. La jeune institutrice, quant à elle, en aime secrètement un autre, Cherif (Youssef El Cherif) qui à son tour est amoureux de la fille d'un riche trafiquant. La jeune femme dit l'aimer mais refuse toute concession pour lui. Ce bourreau des cœurs n'est autre que l'honnête substitut du procureur qui «agace» ses collègues qui font office de dinosaures et qui refuse toute ouverture sur la démocratie et la culture des droits de l'homme.
Nager contre le courant paraît être son mot d'ordre dans sa vie personnelle comme professionnelle Au milieu de ce naufrage, subsistent des personnages qui luttent pour que la loi soit appliquée et pour que l'ordre soit rétabli. Dans cette société cosmopolite, en pleine effervescence, toutes les couches et toutes les tendances politiques sont représentées. De la même manière tous les genres cohabitent dans le film. Mélodrame, et comédie, «Le Chaos» reste avant tout un film de grand spectacle. Et c'est à cela qu'on reconnaît la griffe et le génie de Youssef Chahine et de son collaborateur qui a parfaitement su harmoniser sa vision avec celle du maître qu'il a accompagné sur plusieurs tournages. Autre trait caractéristique de la marque du grand Chahine, son goût de l'extravagant qui traduit sa passion pour le grand cinéma, digne de celui de Bollywood. Youssef Chahine ne fait pas les choses à moitié. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les scènes où la peuplation manifeste sa colère pour signifier que le salut vient de la base, du peuple.
Et l'on devine tout le travail titanesque qui a été derrière cette fresque cinématographique. Synchroniser les mouvements des foules et diriger un si grand nombre d'acteurs et de figurants n'était pas une sinécure. Ces scènes fulgurantes trahissent une verve qu'il ne peut contenir. Heureusement. Parce que c'est grâce à elle qu'il donne toute sa dimension à l'art cinématographique. Il multiplie les actions et les techniques pour mettre à nue la nature humaine qu'il capture à travers la force, l'avidité, la violence mais aussi la faiblesse des personnages. Chez ce magicien, les femmes sont dotées d'une force implacable. Elles tiennent tête aux hommes et au système, aiment et protègent ceux qu'elles aiment.Et pour donner forme à ce magma de sentiments diffus, la loupe du réalisateur sonde les héros. Youssef Chahine pousse à bout ses acteurs et les incite à donner le meilleur d'eux mêmes.
L'homme est réputé aimer ses acteurs d'un amour fou qui n'a d'égal que celui qu'il a pour le cinéma. Raison pour laquelle, il les montre sous leur meilleur jour, l es magnifie. Jeunes talents et acteurs confirmés craignent la confrontation avec le monstre sacré. Mais une fois la glace brisée c'est une délicieuse complicité et un respect sans limite pour le génie de l'artiste qui prennent la place de l'appréhension du début. «Le Chaos» est dans les salles depuis hier. Un film à ne rater sous aucun prétexte.
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La parole donnée au peuple
Dans Le Chaos, je tâche de mettre le doigt sur le destin de mes compatriotes, qui ont si peu à dire en ce qui concerne les affaires du pays. Démunis de presque tout, éducation, moyens de communication, ils souffrent d'une lourde répression imposée par le pouvoir. Certaines manifs ressemblent à des mini-guerres civiles où quelques manifestants font face à quatre ou cinq mille CRS locaux.
Il suffit d'observer la misère dans laquelle vivent la plupart des familles pour réaliser que, dans toutes les autocraties, c'est le peuple qui paye le prix fort. Les autorités menacent les populations au nom de la discipline pour étouffer toute liberté. Et c'est cette pagaille qui gère tout le Moyen Orient » avait déclaré Youssef Chahine. Cet amour qu'a le réalisateur pour le peuple, ce dernier le lui rend bien. Il a assuré au film des recettes faramineuses qui ont atteint les 10 millions de livres égyptiennes. Une première pour le grand réalisateur.
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