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Les dos des hommes en blanc se transforment subitement, par la magie du rétroprojecteur, en un écran sur lequel le visage impassible d'une jeune fille commence à faire des grimaces amusantes. C'est sur cette note insolite que commence le spectacle «Taoub» du groupe acrobatique de Tanger sous la direction du Français Aurélien Bory. Donnée jeudi dernier au théâtre Mohamed VI à
Casablanca à l'occasion du lancement de la Fondation BMCI pour la culture et la solidarité, cette représentation est la dernière d'une tournée nationale.
Après quatre années de tournées internationales, le spectacle Taoub revient au Maroc pour partager un succès sans conteste. «Nous souhaitons partager notre réussite avec notre public au Maroc et permettre au plus grand nombre de voir l'évolution de notre travail après ces quatre années d'existence», écrit Sanae Kamouni, la directrice de la troupe.
Un retour qui n'a pas manqué de ravir le large public qui a assisté ce soir à la belle prestation des douze acrobates tangérois. Entre cirque, danse, musique et théâtre, le spectacle qui a à son compte 300 représentations dans dix-neuf pays a suscité une grande émotion auprès de l'assistance.
La combinaison réussie du savoir-faire d'Aurélien Bory et de celui des acrobates tangérois était plus qu'évidente. Si l'acrobatie en tant que pratique «sportive» et artistique est bien présente, la touche poétique était également là.
Le metteur en scène en expert des arts de cirque a su donner une dimension dramatique aux performances impressionnantes des acrobates. Pas question de se contenter d'interpréter de simples numéros d'acrobatie. Au fil du spectacle, ce sont des histoires qui se tissent tel un «Taoub», qui évoluent et se transforment au gré des événements et des mises en scène. Le bout de tissu imposant accroché au centre de la scène a une telle présence qu'il devient un protagoniste à part entière.
Tantôt fluide, tantôt informe, tantôt vivant… il vibre à la moindre impulsion créatrice des autres acteurs qui lui donnent la réplique. Une sorte de miroir qui reflète l'état d'âme des personnages avant de se métamorphoser en écran de projection. Les techniques vidéo signées Pierre Rigal ont pu libérer le «taoub» de sa simple condition de tissu. Montagnes, villes, plages… c'est tout un monde qui traverse sa surface pour donner vie à une scénographie impressionnante d'innovation. Les effets et créations de lumière bien agencés par Arno Veyrat ont accentué ces illusions en offrant au spectacle un décor réussi sans encombrements.
Tout est imaginaire et la scène trouve par magie une autre dimension où l'action s'accomplit. Ainsi, le public voit ce bout de tissu «inoffensif» prendre les allures d'une mer agitée, d'une montagne majestueuse ou d'un paysage aride où la belle acrobate tangéroise s'amuse à prendre l'air. Tandis que ses amis eux s'affairent derrière à lui servir de chaise, d'escalier et même de lit.
Un pur plaisir de voir s'opérer ces transformations amusantes. Sur ce même registre, Bory a su modérer en donnant au spectacle une touche de légèreté bien agréable. Les notes humoristiques sont venues à point pour susciter le sourire du public et pour le rendre complice.
Entre geste évocateur et verbe décalé, la recette a bien réussi. Maître des mélanges pas évidents, Bory invite, à un certain moment, la technique des ombres chinoises.
Utilisée avec maîtrise, elle donne au spectacle une aura onirique, une sorte de rêve frôlant les frontières du réel. Tout ceci servi sur fond de notes nostalgiques d'une mandoline omniprésente accompagnée de chansons interprétées en direct par les acrobates sur scène. Des voix prometteuses se sont fait d'ailleurs remarquer au cours du spectacle.
Entre tradition, innovation et poésie, «Taoub» est une belle performance à la croisée des genres.
Le metteur en scène Bory et ses artistes ont à la fois rendu hommage à l'héritage ancestral qu'est l'acrobatie et ont honoré la création contemporaine.
A découvrir absolument !
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Historique
A l'origine de Taoub, il y a la rencontre entre trois protagonistes : Aurélien Bory, jeune chorégraphe français du nouveau cirque, directeur artistique de la Cie 111, le groupe acrobatique de Tanger, formé autour de la famille Hammich et Sanae El Kamouni, la véritable initiatrice du projet. L'histoire commence à Toulouse il y a quelques années. Sanae El Kamouni, alors jeune étudiante marocaine, travaille au Théâtre Garonne. Elle y rencontre Bory, en pleine création de plan B. Séduite par sa façon de travailler, au croisement de différentes disciplines artistiques, elle décide de provoquer une rencontre entre Aurélien et l'art marocain de l'acrobatie.
Après quelques mois, l'idée prend forme et devient réalité grâce à l'institut français du Nord où Sanae El Kamouni était responsable de l'action culturelle. Sanae et Aurélien parcourent le Maroc pour auditionner des artistes, mais c'est dans leur port d'attache qu'ils rencontrent la famille Hammich, acrobates de pères en fils… et de père en fille, fait très rare au Maroc. Autour de ce noyau dur, ils constituent ce qui deviendra Groupe acrobatique de Tanger. Après des mois de travail acharné, le spectacle «Taoub» voit le jour et s'ensuit alors une histoire à succès.
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