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Pour accompagner cette tendance, deux d'entre eux expérimentent un nouveau mode d'expression pour réaliser des paysages décalés qui se résume ainsi : «Moi je fais ma photo et lui fait son tableau». «Nous avons quelque chose en commun et nous voulons tenter une nouvelle expérience dans les arts plastiques. Quand mon collègue prend une photo, je me dis moi-même je veux la faire», lance l'artiste peintre Kim Bennani qui expose avec le photographe Jean-Claude Laffite, du 26 juin au 27 juillet à la galerie Fan-Dok dans l'Agdal à Rabat. Le public pourra donc y voir deux tableaux. Le premier consiste en une photo réalisée par le photographe français, à partir de laquelle Kim s'inspira pour créer son propre tableau en ajoutant couleurs, sable et autres matériaux.
«Le jour où Kim est venu me proposer de travailler puis d'exposer ensemble, je pense que c'était de sa part, le fruit d'une longue réflexion. C'est un révolté froid, un impulsif secret, un calme téméraire, un artiste introverti mais expansif ! Car tout chez lui procède d'une lente maturation : après la technique impeccable reçue aux Beaux-Arts de Tétouan, il a voulu tout jeter par-dessus bord. Finis les portraits léchés et les commandes exigeantes en temps et en énergie. Il faut dire également qu'il a voulu finir avec l'académisme. Un jour, je l'ai entendu dire que sa formation à Tétouan était en train de devenir pour lui une déformation… J'aimerais oublier la technique, ne plus savoir peindre, m'exprimer comme un enfant !...», indique M. Laffite.
Autre handicap pour ce jeune, l'influence de Moa Bennani, le père et de laquelle il veut s'affranchir. «Je cherche à ce que ma peinture me ressemble, qu'on sache qu'il s'agit de moi… bien qu'il y ait quelqu'un en moi qui s'exprime plus violemment que l'apparence que je donne», explique Kim.
Pour Jean-Claude Laffitte, ce projet n'est que le prolongement d'une expérience commencée déjà en 2004 avec Moa qui lui demanda un jour de reproduire une série de toiles et de sculptures, afin d'établir le catalogue de son exposition rétrospective. Utilisant déjà à cette époque la technique du numérique, il lui proposa à l'époque de visualiser ses œuvres, avant impression. C'est ainsi que lui vint l'idée de pousser l'échange de regard plus loin que la simple commande en cours pour travailler à quatre mains : le peintre abstrait et le photographe numérique essaieraient de mêler leurs univers personnels sur une surface commune. « En avril 2005, Moa réalisa et exposa à Venise Cadre des toiles inspirées par quatre de mes images. J'ai continué depuis à reproduire ses tableaux, qu'il me plaît de mixer parfois avec mes propres photographies de paysages, des portraits ou des nus féminins.
D'autres matières, découvertes au hasard de mes promenades marocaines, sont venues enrichir ma palette de photographe. Kim a depuis repris l'idée, à l'état d'ébauche où Moa l'avait laissée… Il imagine bientôt peindre directement sur la toile photographique numérisée», indique M. Laffite qui dit qu'il a longtemps considéré la photographie, non pas comme un art à part entière mais comme un «art appliqué», servant à vendre des choses inutiles propres à notre société de consommation.
Aussi, il ne s'est jamais considéré comme un artiste, mais plutôt comme un «artisan de l'image» bricolant des fantaisies sur un coin d'ordinateur. En présentant son album «Le Maroc à contre-jour», il y a deux ans, il a prévenu son lectorat : «Plus préoccupé par la pertinence des écritures et des regards, plutôt que de vérité, fort improbable, j'ai préféré donner à voir et à lire autrement le Maroc, à contre-jour, parce que je suis persuadé qu'un art neuf peut naître d'une mise en correspondance de formes esthétiques différentes, s'enrichir de confrontations, mais sans confusion… déboucher sur des espaces poétiques et imaginaires nouveaux, hors de tout académisme, de tout formatage, du cloisonnement des genres, bref, de toute pensée unique, réductrice, mondialisée, comme trop de marchandises culturelles d'aujourd'hui…», conclut
M. Laffite.
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Deux noms, deux origines, deux parcours
Kim Bennani est né à Tétouan, en 1972, dans l'atelier de son père, le peintre Mohamed Bennani dit Moa. À l'âge de 11 ans, Kim obtient le premier prix d'un concours international de dessin (Chan Kars International Children Competition à New Delhi). Il s'inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts de Tétouan, avant de terminer ses études en Espagne, à l'école des Arts appliqués de Malaga. Il expose en France, en Espagne et au Maroc.
Dès ses débuts, il a développé une peinture hyper réaliste qui l'a aidé à s'assurer de son métier de peintre ; aujourd'hui il essaie de s'orienter vers une expression plus libérée des contraintes de l'académisme. Il a exposé en Espagne, entre 1999 et 2002 à plusieurs reprises, à Grenade, à la Galerie Diana et à la Galerie Van Gogh, etc.
Quant à Jean-Claude Laffitte, il arrive en 1986 à Tanger. Le choc. Lumières, chaleur, odeurs... Dépaysement total pour un Français qui n'était jamais sorti d'Europe.
Après une rupture dans sa carrière de journaliste, il y reste 3 mois et réalise des dizaines d'images en noir et blanc. Novembre 1999 : c'est l'Année du Maroc en France.
Un galeriste de la région parisienne après avoir vu son travail photographique personnel, lui propose d'exposer. Juin 2000 : une première rencontre importante, celle de Ruggero Giangiacomi, galeriste de Marea Arte à Essaouira, qui l'expose pour la première fois au Maroc, dans le cadre officiel du Festival des Gnaouas.
Février 2004 : deuxième rencontre importante, celle de Jean-Pierre Koffel, écrivain ami et voisin de Kénitra. Jean-Pierre m'ouvre sa bibliothèque, me transmet son immense savoir sur l'histoire et la culture marocaines... Il me fait rencontrer Rachid Chraïbi, éditeur des éditions Marsam, qui me propose aussitôt de faire un livre avec mes photos. Ce sera «Le Maroc à contre-jour», publié en février 2006.
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