|
Des sons inhabituels pour les conformistes, adeptes du crooner en costard-cravate et de la diva en robe longue. Un style déjanté qui met un terme aux mélopées plaintives de la chanson arabe dite «moderne». C'est là tout le secret de la réussite de l'un des groupes les plus décalés de la scène musicale marocaine, Hoba Hoba Spirit, inventeur de la «Haïha Music».
Avec «Trabando», Hoba Hoba Spirit signe son troisième album en quatre ans. Révélé au grand public en 2003 par le festival d'Essaouira, le groupe s'est imposé au fil des années sur la nouvelle scène marocaine. Un parcours rectiligne, marqué de concerts qui restent dans les mémoires. Il y a eu «Bienvenue à Casa», bien sûr, véritable phénomène sur le net, rapidement suivi par le second album, «Blad Skizo», venu prouver que le phénomène Hoba n'était pas un feu de paille.
Résolument engagées, leurs chansons semblent être des chars d'assaut contre la «société bien pensante».
Et pour cause, Reda Allali ne mâche pas ses mots pour le dire : «Au Maroc, l'engagement commence dès que tu montes sur scène…On vit dans une société conformiste où on a du mal à accepter l'originalité, la créativité, la différence. On ne peut compter sur personne pour défendre un droit aussi simple que celui de faire de la musique. Notre engagement, c'est un peu de la légitime défense.»
Aujourd'hui, le groupe franchit une nouvelle étape.
Douze titres pour un album riche, douze morceaux décomplexés en forme de chroniques sociales où l'attitude rock est parfaitement adaptée au goût du pays. Le mérite de Hoba Hoba Spirit, c'est d'avoir pu prouver qu'il était possible de « faire de la musique autrement ». Entièrement autoproduits, ils ont pu contourner les problèmes de diffusion pour toucher directement un public bien plus large qu'ils ne s'y attendaient eux-mêmes. En «faisant de la scène» avec succès dans plusieurs pays, Hoba Hoba Spirit s'est débarrassé de ses derniers doutes. C'est bien cela que l'on sent dans «Trabando», un groupe qui évolue, qui établit un vrai lien avec son public, et qu'on ne bâillonnera pas de sitôt.
Détonante, étonnante, enfiévrée, le style de Hoba Hoba Spirit est un délicieux patchwork de rythmes. Car Réda Allali et ses complices sont des amoureux de la musique qui manient Rock, Rap, Reggae, non sans brio. Des genres qu'ils injectent dans les musiques marocaines, Alawi, Gnawa ou Chaâbi.
Dans ce nouvel album, un invité de poids, Bigg, alias « El Khasser», a associé son nom et son flow à celui de Hoba Hoba, dans le 5e titre de l'album, pour Reda Allali, « On se sent proche des rappeurs, même si on n'est pas un groupe de rap. Bigg, par exemple… Son album est terrible, il frappe juste ». Une autre manière de se serrer les coudes entre les figures de proue de cette nouvelle scène qui s'impose malgré la résistance d'esprits rétrogrades et engourdis.
D'ailleurs, la source d'inspiration du titre «Trabando» illustre parfaitement l'état d'esprit qui gouverne cette expérience, Reda Allali s'explique : « L'expression vient d'un homme de théâtre responsable syndical. Il est venu à la télé pour expliquer que notre musique était dangereuse pour la santé mentale des consommateurs. Pour lui, on fait de la musique de contrebande, il faut que la douane intervienne. Le concept nous a plu, et on l'a repris sans scrupules, parce qu'il faut quand même que les gens puissent avoir accès à ce genre de pensée.
C'est quand même malheureux qu'il y ait encore des gens qui s'approprient l'identité marocaine et c'est encore pire lorsqu'on se dit que ces gens-là sont des artistes. Le combat n'est pas fini...»
Il y a de fortes chances que cet album fasse beaucoup de bruit, n'en déplaise à ceux qui se dressent contre la nouvelle scène musicale. Itoube !
REPÈRES
Le groupe en dates
> 2003 : Sortie de l'album "Hoba Hoba spirit".
> 2004 : Festival d'Essaouira, première partie des Wailers.
> 2005 : Festival «Alegria chamalia », Chefchaouen.
> 2006 : Festival garorock, France.
> 2007 : Désigné meilleur groupe de fusion lors de Motorola music awards.
> Mars 2007 : Sortie de l'album Trabando.
|