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"C'est un tournant historique", a déclaré Jérôme Deschamps, qui succèdera cet été à Jérôme Savary, en poste depuis 2000, comme directeur de l'établissement.
Puisant ses origines dans l'atmosphère frondeuse et populaire des foires parisiennes, où l'on parodiait volontiers les tragédies lyriques, l'institution Opéra-Comique est née en 1714, autour d'oeuvres impertinentes alternant passages chantés et dialogues parlés.
La maison acquiert un renom au XVIIIe siècle sous la direction du librettiste Charles Favart et développe un répertoire exceptionnel au XIXe en accueillant la création de chefs-d'oeuvre comme "Carmen" de Bizet ou "Pelléas et Mélisande" de Debussy.
L'histoire de la Salle Favart - nom des deux bâtiments successifs qui ont accueilli l'Opéra-Comique à partir de 1783 puis de 1898, au coeur de Paris - a été plus mouvementée au XXe siècle.
Le rapprochement avec le Palais Garnier en 1939 "a dissous (son) identité", estime Jérôme Deschamps, qui évoque un second "coup terrible" en 1990 lors de la séparation d'avec l'Opéra de Paris sans compensation financière digne de ce nom.
"L'Opéra-Comique a récemment connu une vie chaotique, sans moyens d'affirmer son identité sauf de manière ponctuelle, comme avec le sublime +Atys+ de Lully en 1987", constate-t-il.
Devenu en janvier 2005 théâtre national sous statut d'établissement public à caractère industriel et commercial (Epic), l'Opéra-Comique bénéficie d'un budget de 15 millions d'euros, abondé à hauteur de 10 M EUR par l'Etat.
Jérôme Deschamps a ainsi pu bâtir avec son adjoint Olivier Mantei un projet inspiré de "la beauté du répertoire de l'Opéra-Comique, qui n'est pas de second ordre et doit être servi par les plus grands artistes, que côtoieront de jeunes talents".
La première saison comprendra cinq productions, toutes nouvelles, dont deux confiés à des maîtres baroqueux que Favart retrouvera tous les ans, le Britannique John Eliot Gardiner et le Franco-Américain William Christie. En ouverture (13-23 décembre), Gardiner dirigera "L'Etoile" de Chabrier, spectacle réglé par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, qui veilleront aussi sur la "Zampa" d'Hérold exhumée par Christie (10-21 mars).
L'Opéra-Comique sera aussi baroque avec la tragédie "Cadmus et Hermione" de Lully (21-27 janvier) restituée par les jeunes Vincent Dumestre (direction musicale) et Benjamin Lazar (mise en scène), et contemporain avec "Roméo et Juliette" de Pascal Dusapin (28 avril-5 mai). La saison s'achèvera sur la comédie musicale "Porgy and Bess" de Gershwin (2-20 juin), sorte de déclinaison américaine de l'opéra populaire français.
Chaque production sera accompagnée de "rumeurs" (soirées théâtrales, moments pédagogiques, concerts courts...) destinées à sensibiliser un large public à "un répertoire en passe d'être oublié", selon Jérôme Deschamps.
La saison ne durera que sept mois afin de réaliser de juillet à novembre d'importants travaux de rénovation (fosse d'orchestre, acoustique, loges, façades...), programmés jusqu'en 2011 pour un coût de près de 45 millions d'euros. De quoi redonner son lustre à ce lieu "qui fut longtemps le théâtre préféré des Parisiens", selon sa présidente Maryvonne de Saint Pulgent.
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