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Accompagné du musicien g’naoui Majid Bekkas, l' oeuvre du poète compose, tout le long de cette soirée, un chant et mérite à ce titre le nom de poésie lyrique car elle dit et interprète le monde, le surgissement des choses et leurs présences délicates, en leur mortelle et souveraine beauté, avec violence certes mais tendresse et compassion aussi.
Pour autant, le poète Loakira, le temps de cette veillée, ne s'épuise pas dans l'abstraction, peut être pour ne pas user son auditoire composé d'artistes, de poètes, d'étudiants et d'amoureux de la poésie, venus nombreux contempler son acte en parole fulgurante.
Lui, qui paradoxalement, en cette journée internationale de la poésie déclare que "la situation de la poésie au Maroc n'est pas gaie et demeure le parent pauvre de la littérature ".
De plus, ajoute Loakira, "le poème est mal vendu et peu lu. Les maisons de distribution refusent la poésie. Cet état de fait est contraire aux années 60 et 70 où la poésie occupait le devant de la scène littéraire".
Loakira n'a cessé de relancer par salves ces figures de la vie concrète que sont par exemple "l'interrogation des cycles", "Le désert initial", "l'aridité du chemin", "l'oiseau d'exil", "la fleur mauve au charme sauvage", la pierre tombale", "la tempête introvertie", "les songes déambulant", "les prétendus nécessaires ", "la poussière des astres", " le grain esseulé", les silences incandescents", "l'insolence telle le vent", "les regards d'argile", "les reptiles", "les couleuvres", "les chauves souris", "les océans d'immondices", "l'exil", "la lumière cachant l'incertitude".
Il en résulte - et les morceaux de musiques aidant, g’naouie de Bekkas, de oud de Saïd Chraïbi ou encore l'interprétation du cycle de l'eau de Ahmed Sayad, déterminants pour son inspiration poétique, et pendant qu'il présente, ce soir son montage orné de toiles de Chebaâ, Ikken et El Hayani - un tremblement généralisé de ce que Loakira déclame comme univers temporel et spatial.
Cette approche si singulière au monde tient d'abord à l'enracinement de l'enfance du poète dans la conscience la plus immédiate, sa ville natale Marrakech, sorte de catalyseur de son écriture.
Dans ce contact immédiat avec le mystère du monde, l'enfant Loakira est tout spontanément poète car il habite sa ville, dont il en fait un amour, dans la fraîcheur. Ce sentiment premier des choses peut paraître sans intérêt, mais sera essentiel au poète pour connaître et vivre pleinement l'expérience du ravissement.
Justement parce que les expériences les plus fortes et les plus durables sont faites dans l'enfance et c'est d'elles que Loakira s'alimente. Mais de façon paradoxale, le poète n'est jamais aussi près de l'enfance que dans la perte de celle-ci.
D'ailleurs comme le notent certains critiques littéraires, le "je " de Loakira est " un je en manque, en manque d'appartenance à soi-même et à autrui, un je disloqué, décalé en désarroi ".
De surcroît, les vers longs de Loakira, en effet "incendiaires" et maniant les images, les vouent par nécessité spirituelle et esthétique à un dépassement, une sorte d'épiphanie qui est consumée et d'où surgit la troublante présence de l'essence des choses.
Au sujet de son oeuvre et sa portée esthétique, le poète Jalal El Hakmaoui (traducteur et directeur de la revue de poésie internationale +Electron libre+) a qualifié, en marge de cette soirée poétique, l'oeuvre de Loakira d'"expression essentielle au niveau de la dynamique poétique au Maroc, dans le sens où elle invente une voix poétique ancrée dans une identité plurielle et universelle et donne lieu à un poème polyphonique du à une recherche esthétique, plastique du poète. N'oublions pas qu'il manie également le visuel ".
Et Hakmaoui de regretter que le poète Loakira "n'ait pas suffisamment de reconnaissance" dans son pays. "Il est temps de rendre à Loakira ce qui est à Loakira", a-t-il martelé.
Quoiqu'il en soit, Loakira fait sienne l'expression splendide du poète allemand Friedrich Holderlin: "c'est poétiquement que l'Homme habite cette terre".
Loakira compte à son actif plusieurs publications: "L'horizon est d'argile" (1971), "Marrakech-Poème" (1975), "Chants superposés" (1977), "L' il ébréché" (1980), "Moments" (1981), "Semblable à la soif " (1986), "Grain de nul désert " (1994), " Marrakech : l'île mirage" (1997), "N'être" (2002), "Contre jour" (2004), "L'esplanade des saints et Cie" (2006)-récit.
Ce poète prolifique a été nommé Chevalier de l'Ordre des Palmes académiques de la République Française et a reçu le Prix Grand-Atlas 1994-1995 pour son dernier recueil poétique "Grain de nul désert" (Ed. Al Ittissal 1994).
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