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Eugène Atget, grand catalogueur du vieux Paris et surréaliste malgré lui
Inspirateur des surréalistes à son corps défendant, et minutieux catalogueur du vieux Paris bouleversé par l'urbanisme haussmannien, Eugène Atget est célébré à la Bibliothèque nationale de France avec une rétrospective de quelque 350 tirages, du 27 mars au 1er juillet site Richelieu.
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Avec une minutie quasi obsessionnelle, il arpente Paris pour photographier les quartiers en voie de disparition en raison des grands travaux entraînés par la vision du baron Haussmann, qui perce la capitale de grands boulevards et lance les travaux du métropolitain.

Au milieu de ces bouleversements, en 1900, historiens, amateurs et institutions s'intéressent au Vieux Paris, dont les clichés sont l'objet de commandes publiques qui bénéficient au photographe.

"Il veut photographier le changement et fixer l'ancien, avec l'idée qu'on peut collectionner des objets par l'image", explique Guillaume Le Gall, commissaire de l'exposition avec Sylvie Aubenas, conservateur général de la BnF. "Ce qui frappe chez lui, c'est l'ampleur du projet. Dès 1900, il vend aux musées. Aujourd'hui, les collections publiques parisiennes possèdent environ 20.000 tirages de lui", précise-t-il.

Pendant trente ans, Atget catalogue tout: des petits métiers - bitumiers, vendeur d'abat-jour, forts des halles - aux cours d'immeuble, des heurtoirs de porte aux balcons en fer forgé, en passant par les arbres du parc de Sceaux lors d'incursions hors de Paris.

Une série figure en 1913 les "zoniers", cette population de chiffonniers qui peuplent la "zone", terrain militaire situé entre les fortifications et la banlieue, appelée à disparaître.

Il entre dans les maisons pour photographier des "intérieurs parisiens" immortalisant au passage le sien en le cataloguant "Intérieur d'artiste dramatique". Il ne triche qu'à moitié puisqu'il a été acteur avant d'être photographe.

Atget continue toute sa vie à fixer les rues du vieux Paris et réalise dans les années 20 les clichés d'une série de vitrines qui fascinent les surréalistes: corsets, mannequins, poupées.

Man Ray le "découvre" et lui achète une quarantaine d'images, dont une est utilisée - et détournée - à la une de la revue "la Révolution surréaliste" du 15 juin 1926: celle d'un foule levant le nez en l'air pour fixer le ciel sous-titrée "Avant l'éclipse, place de la Bastille", et qui devient chez eux... "Les nouvelles conversions".

Si Atget accepte la publication de ses photos dans la revue, il refuse que son nom apparaisse. "Il ne se réclame pas du tout artiste", souligne Guillaume Le Gall.

La jeune assistante américaine de Man Ray, Bérénice Abbott, se passionne pour le vieux maître, dont elle tire le portrait, et achète tout ce qui reste dans son atelier à sa mort, en 1927, soit près de 1.500 négatifs et 10.000 tirages, emmenant le lot aux Etats-Unis.

Abbott appliquera la recette d'Atget en arpentant New York pour son album "Changing New York", où elle reprend le principe de saisie sur image de gens ou quartiers en voie de disparition. Elle est la première d'une longue série d'artistes dont l'inspiration a été nourrie par le grand catalogue de ce "piéton parisien".

(Site Richelieu, 58 rue de Richelieu. Du mardi au samedi de 10h à 19h. Dimanche de 12h à 19h. Entrée 7 euros, tarif réduit 5 euros. Catalogue de l'exposition 45 euros)
 Yahoo.fr 27-03-2007   

   
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