|
Projeté à Hollywood lundi en ouverture du festival du film français à Los Angeles COL-COA, le film a été très bien reçu et sa principale interprète Marion Cotillard applaudie debout, selon le directeur du festival, François Truffart.
"On sentait qu'il y avait une vraie attente, ça faisait trois semaines que des gens nous appelaient pour réserver, et on était complets depuis 10 jours", tandis qu'une autre séance prévue cette semaine a vu ses billets partir en une heure, selon lui.
Pour le marché américain, le film a été rebaptisé "La vie en rose", un beau contresens vu son contenu mélodramatique. "Mais +La môme+ se traduit en anglais +The kid+", titre déjà pris par un célèbre film de Charlie Chaplin, a souligné son réalisateur Olivier Dahan.
Alors que le film sort le 8 juin aux Etats-Unis, la question se pose de savoir s'il peut s'y hisser au niveau de récents succès français comme "Amélie Poulain" ou "Un long dimanche de fiançailles". M. Dahan s'est refusé à toute prédiction, espérant simplement que "des gens iront voir le film", qui a effectué une belle carrière française avec cinq millions d'entrées.
Toutefois, "même pour les gens de ma génération, Edith Piaf, c'est déjà de l'histoire ancienne", estime Joel Stratte-McClure, 58 ans, chroniqueur mondain à Hollywood et ancien correspondant du magazine People en France.
"Le potentiel du cinéma français aux Etats-Unis, c'est 50.000 spectateurs à New York, autant à Chicago, Los Angeles et San Francisco", remarque de son côté Pascal Vaguelsy, producteur français installé à Hollywood où un de ses films, "West Bank Story", a obtenu l'Oscar du meilleur court métrage en février.
Pour M. Truffart, il ne faut pas sous-estimer le "phénomène Piaf". "C'est une artiste qui a été extrêmement célèbre aux Etats-Unis", rappelle-t-il. Il souligne aussi que "pour les Américains, la performance est quelque chose d'extrêmement important, et là, ils sont complètement époustouflés" par celle de Marion Cotillard.
L'actrice, en tournée de promotion aux Etats-Unis, a assuré que la méconnaissance de Piaf par les jeunes générations laissait une chance au film: "je ne pense pas qu'il faille savoir qui elle était pour l'apprécier. Son talent, sa passion et ses émotions parlent d'eux-mêmes".
Au pays des oeuvres à gros budget, les ambitions étrangères doivent être mises en perspective: le drame allemand "La vie des autres", Oscar du meilleur film étranger et porté aux nues par la critique, a obtenu seulement huit millions de dollars de recettes depuis février.
"Si la promotion et le bouche-à-oreille fonctionnent, "La môme" peut aller très au delà de ce que fait normalement un film étranger aux Etats-Unis", assure M. Truffart.
En 2001, "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" avait raflé 33 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord. Trois ans plus tard, "Un long dimanche de fiançailles" avait été considéré comme un succès avec 6,5 millions, alors que "Shrek 2" en obtenait... 70 fois plus.
Depuis 2005, le documentaire "La marche de l'empereur" détient le titre de film français ayant remporté le plus gros succès public outre-Atlantique avec 77,4 millions.
"Est-ce que +La môme+ va atteindre l'échelle du phénomène +Amélie Poulain?+ Ce n'est pas impossible. Il y a une perception de la culture européenne et française (dans le film) qui correspond à l'image que les Américains s'en font. Je crois qu'il y a un potentiel, un gros potentiel", juge M. Truffart.
|