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Ce sont les éléments qui font de cette pièce décalée, invitée du Festival Théâtre et Cultures Méditerranée, une sorte de pied de nez à la société bien pensante qui cache bien ses vices. «Mon but n'est pas de choquer le public par des propos osés. L'idée était de dire qu'il existe énormément de problèmes dans nos rapports sociaux, dont la raison profonde est l'impasse que nous faisons sur cette intimité, sous les prétextes les plus divers, ‘Aïb!' est le mot-clé de toutes les inhibitions dans nos sociétés orientales.
Etaler ses problèmes de manière aussi explicite peut aider à les exorciser, à les dépasser... » affirme Lina Khoury, qui a écrit et mis en scène la pièce. Son approche à la limite de la provocation semble avoir un objectif thérapeutique pour une société à deux visages.
Les textes sont écrits sur une base d'interviews faites à des femmes d'âges, de confessions et de milieux divers, dans un style à la frontière du comique et du dramatique.
Cette pièce «expérimentale» tente de briser les tabous en clamant haut et fort les problèmes intimes de la femme libanaise. «Avec ce travail, nous voulions sortir ces sujets sur la place publique pour engager le débat, et poser les problèmes au-delà de tout jugement.
D'un angle de vue purement féminin, ça peut aider à les résoudre» poursuit Lina Khoury, qui en est à sa septième production théâtrale.
Son choix de monologues, au risque de désarçonner le public, elle l'explique par «La nature des petites histoires personnelles. Leur créer un cadre dramatique pouvait faire perdre l'objectif de la pièce, j'ai l'impression que ces monologues donnent de la véracité à ces propos tirés du réel».
Tout y passe, du harcèlement verbal et physique dans la rue, les transports en commun, aux exigences de la mode, du culte de la virginité à l'homosexualité refoulée, du viol à l'insatisfaction, les douze histoires tentent en quelque sorte à relever, d'une manière caricaturale, les difficultés qu'une femme rencontre jusque dans son intimité dans une société patriarcale et coincée dans une religiosité étriquée, voire déviée de son but.
«Au Liban, le public nous a tout de suite adopté. Au début, nous avions réservé le théâtre pour cinq représentations... Cela fait un an que nous jouons tous les soirs à guichets fermés. Bien entendu, nous avons rencontré des réticences, des gens choqués, mais dans l'ensemble, la nouveauté de l'idée, et la curiosité liée au sujet ont aidé au succès de la pièce.
Au Maroc, je ne peux pas juger, car il y a toujours le problème de la compréhension du dialecte et des histoires très libanaises. Mais j'espère que nous avons réussi à faire passer le message»
En définitive, la pièce ne cherche pas à heurter les sensibilités et ne prétend pas résoudre les problèmes.
Mais elle voudrait tout simplement lever le voile sur les aspects profondément humains mais pas assez souvent
débattus.
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Le public boude-t-il le Festival ?
Malgré la qualité de la programmation, la modicité du prix des tickets, la campagne de communication, les affiches, les spots télé et radio, le catalogue et toute la panoplie, malgré une couverture médiatique conséquente, le public ne semble pas vouloir venir en masse aux représentation du Festival Théâtre et Cultures Méditerranée.
La moyenne du retard pour le début des spectacles est d'à peu près une heure pour essayer d'avoir un maximum de spectateurs. L'idée de l'événement est d'abord d'éduquer le public à consommer du théâtre et par extension, de la culture.
Mais la partie ne semble pas être gagnée, car la réponse du public se fait particulièrement timide. Est-ce dû au peu d'intérêt porté au théâtre, est-ce une défaillance au niveau de l'organisation, ou encore est-ce à cause des répercussions de certains événements macabres survenus tout récemment ? On ne peut pas trancher sur cette question.
Cet état des choses démontre qu'il y a un long chemin à faire avant d'asseoir une culture de la consommation des arts. Des manifestations de ce genre devraient se multiplier afin d'installer une mentalité apte à regarder la culture en tant que secteur économique avec des industries, des produits, un marché, et des consommateurs conscients.
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