 |
« LES MEILLEURS gérants de fonds de la planète travaillent pour nous. » D'une voix posée, Knut N. Kjær assure que le gratin de la profession frappe à sa porte. Celle de directeur général du NBIM (Norges Bank Investment Management), le département de la banque centrale de Norvège chargé de gérer le « fonds de pension d'État », dénomination austère derrière laquelle se profile l'un des plus grands fonds d'investissements publics au monde. Concrètement, c'est là que l'État norvégien met de côté tout l'argent que lui rapporte l'extraction du pétrole et du gaz au large de ses côtes. Une supercagnotte qui servira, une fois épuisées les réserves en hydrocarbures, à financer les besoins du pays, et notamment les retraites.
Le royaume étant l'un des six principaux exportateurs mondiaux de brut, la fortune dont Knut N. Kjær et son équipe ont la responsabilité est colossale. Depuis qu'il est approvisionné (mai 1996), le fonds pétrolier, comme ont coutume de l'appeler les Norvégiens, a accumulé près de 2 000 milliards de couronnes, soit 242 milliards d'euros. Rien ne doit être placé dans le pays scandinave. Cela risquerait de provoquer une surchauffe de l'économie nationale et de favoriser des investissements peu rentables obtenus grâce au lobbying d'entrepreneurs du cru.
Le deuxième actionnaire du CAC 40
Il n'est pas étonnant, dans ce contexte, que la Banque de Norvège suscite des vocations à l'étranger. Parmi les quelque 140 employés sous les ordres de Knut N. Kjær, on dénombre une vingtaine de nationalités (y compris des Français). À fin 2006, le fonds était le deuxième plus gros actionnaire du CAC 40 (derrière CNP Assurances). Les salariés du fonds, qui ont un rôle de gestion active, ne siègent pas à Oslo, considérée comme trop éloignée des marchés mondiaux, mais à Londres, à New York et, à partir de cet automne, à Shanghaï. Sans compter la quarantaine de « sous-traitants », des cabinets privés de gestion de fonds, auxquels sont confiés environ 20 % du total du fonds, en valeur.
La tâche de ces gestionnaires de l'ombre est à la fois simple et compliquée. Ils obéissent à la lettre aux directives du ministère norvégien des Finances. « C'est lui qui définit le rendement que nous devons atteindre, les orientations stratégiques du fonds, le niveau de risque toléré, les échéanciers... », note Knut N. Kjær. Ainsi est-ce le ministère qui a proposé, ce printemps, que la part des actions dans le portefeuille total du fonds pétrolier passe progressivement de 40 % à 60 %, au détriment des obligations. Le Parlement a donné son accord. De plus, il a été décidé cet été d'autoriser le placement d'une partie de l'argent du pétrole dans l'immobilier. « Nous voulons que le fonds ait un rendement plus élevé », explique Martin Skancke, chef du département gestion des actifs au ministère.
Le rôle du NBIM ne se limite toutefois pas à suivre les instructions qu'on lui donne. « Il nous revient d'essayer de créer de la valeur, de faire mieux que les marchés », raconte Knut N. Kjær. Le résultat est probant. Au cours des neuf dernières années, son équipe a toujours surpassé les objectifs fixés par le ministère des Finances. « Nous évitons de prendre à Oslo des décisions verticales sur la manière dont les marchés évolueront. Chacun d'entre nous gère son portefeuille bien spécialisé et doit répondre personnellement de ses résultats. » Le fait que les employés du NBIM soient rémunérés en fonction de leurs performances n'est sans doute pas étranger à cette réussite.
Les remous financiers actuels n'inquiètent pas les Norvégiens. Ayant une perspective à très long terme, le fonds ne court pas de risques, à en croire ses gérants. Au contraire, « ces périodes de baisse sont favorables » aux investisseurs au long cours, note Knut N. Kjær. De plus, dit-il, le risque associé à la fortune pétrolière norvégienne encore non exploitée est sept fois plus élevé que celui qui est associé au fonds. « Historiquement, la volatilité du prix du pétrole a toujours été plus importante que les variations du rendement des actions et des obligations. »
|