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 Economie international :
 
Patricia Russo : "La question de mon départ ne se pose pas"
Depuis la fusion réalisée fin 2006, l’équipementier franco-américain Alcatel-Lucent doit affronter les critiques des salariés, des analystes et des actionnaires. Patricia Russo, directrice générale du groupe, y répond.
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LE FIGARO. - Avec trois avertissements sur les résultats en neuf mois et les départs de deux hauts dirigeants, les observateurs se demandent si Alcatel-Lucent n’a pas un problème de management.


Patricia RUSSO. – Alcatel-Lucent a une stratégie claire et dispose d’une équipe de management forte qui travaille bien ensemble et dont chaque membre est clairement responsable de son compte d’exploitation. Mais je ne suis pas aveugle, nous devons faire encore plus et mieux dans l’intégration. Nous devons accélérer le processus et voir si nous pouvons simplifier davantage l’organisation. Quant aux départs de Frank d’Amelio et Mike Quigley, ils étaient prévisibles depuis l’annonce de la fusion.


La question de votre départ est également évoquée avec insistance. Qu’en est-il?


Elle ne se pose pas. Il ne s’est écoulé que neuf mois depuis cette fusion majeure et très complexe. Nous devons réaliser un énorme travail pour intégrer les deux sociétés. Je crois qu’il est prématuré de décider si la fusion est un succès ou un échec. Pour le savoir, il faut attendre deux ans. Certaines activités demandent plus de temps à intégrer.


Y a-t-il des divergences culturelles et des retards dans l’exécution entre le côté français et le côté américain?


Factuellement, toutes ces remarques sont fausses. Aux États-Unis, les restructurations sont en cours et en France, le plan social vient tout juste d’être signé, ce qui est conforme à notre calendrier. Il est donc ironique que des observateurs suggèrent que les équipes aient pris du retard. Durant la période de crise du début des années 2000, les deux groupes Alcatel et Lucent ont démontré qu’ils étaient capables de se restructurer de manière importante. Il n’y a pas de doute dans mon esprit sur le savoir-faire de notre groupe pour s’adapter aux changements.


Le problème d’Alcatel-Lucent vient-il du fait qu’aux États-Unis, vous ayez du retard dans le passage à la nouvelle génération de téléphonie mobile?


Alcatel-Lucent a une position de leader sur le marché américain des infrastructures mobiles de deuxième génération (CDMA). Certes, ce marché décline plus rapidement que prévu, mais il reste très important. Le problème est que l’année 2007 est celle de la transition vers la technologie 3G (WCDMA). Notre groupe, avec Alcatel, Lucent et Nortel, a dû rationaliser son portefeuille de produits. Aujourd’hui, nous sommes prêts et avons lancé notre offre 3G en avril. Mais cette transition a un impact sur nos performances financières: nos revenus déclinent sur la 2G au moment où nos coûts augmentent sur la 3G. Cela affecte nos marges. D’autant qu’aux États-Unis, nos grands clients ont investi moins que ce que nous avions prévu. Mais le cycle d’investissement peut repartir vite.


Est-ce le marché qui a reculé ou Alcatel-Lucent qui a perdu du terrain?


Nous n’avons absolument pas perdu de part de marché. La faiblesse de nos ventes ne provient pas d’un problème interne mais d’un problème de marché.


Depuis la fusion, vous avez un discours centré uniquement sur la réduction des coûts. Quand adopterez-vous un discours sur la croissance?


Nous devons trouver un équilibre entre la nécessité de réduire les coûts et celle de saisir des opportunités de croissance. Depuis la fusion, nous avons enregistré de beaux succès commerciaux. Nous sommes très bien positionnés sur le marché du fixe qui croît d’environ 5%, grâce aux accès Internet, à la vidéo et à la fibre optique. Nous pensons aussi que notre développement sur les marchés des entreprises et des services est une formidable opportunité de croissance. Dans le même temps, nous devons accélérer l’exécution de notre programme de restructuration en cours et mettre en œuvre des réductions supplémentaires de coûts ciblées sur les marchés qui nécessitent de nouvelles actions.


Cela se traduira-t-il par de nouvelles réductions d’effectifs et plus spécialement en France?


Il est possible que nous fassions davantage de réduction d’effectifs dans certaines zones que ce qui est prévu dans l’actuel plan. Pour la France, comme pour le reste du monde, il est encore trop tôt pour se prononcer.


Depuis la fusion, l’action Alcatel-Lucent a perdu plus de 40%. Que dites-vous aux actionnaires pour les rassurer?


Je dois les convaincre que la fusion a du sens. Je pense clairement que la stratégie adoptée est la bonne. Alcatel-Lucent va profiter de l’effet de levier de la combinaison entre les activités fixes et mobiles et de celle entre les activités pour les opérateurs et pour les entreprises. Nous avons un portefeuille de technologies et de clients qui est fort et qui évolue de manière dynamique. Nous avons besoin de deux ans pour réaliser la fusion et nous devons leur faire partager notre vision sur trois ans.
 Le figaro.fr 19-09-2007   

   
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