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DANS le brouillard ! Plus d'un mois après le jeudi noir du 16 août, les marchés naviguent toujours à vue. Rechutes, rebonds et mornes séances se succèdent, au gré des craintes et des espoirs. Et malgré l'embellie des dernières séances, les stratèges n'y voient pas plus clair qu'il y a quelques semaines. Leur seule certitude ? Les marchés vont rester volatils encore quelque temps. Peut-être jusqu'à Noël, le temps que la crise de liquidité se résolve.
Beaucoup craignent même une seconde crise violente, quand se feront jour toutes les conséquences de la crise des subprime. « Il faudra attendre janvier 2008 pour avoir une idée du véritable impact de la crise sur le secteur bancaire », souligne Marie-Pierre Peillon, analyste financière et crédit chez Groupama AM. À un horizon de trois mois, les experts de la société de gestion ne sont donc pas optimistes : ils voient le CAC 40 tomber à 5 250 points.
Pour l'instant, les professionnels s'emploient donc surtout à gérer l'incertitude. Certains jouent d'un jour à l'autre les mouvements de marché, profitant des accès de faiblesse pour acheter à bon compte, et prendre leurs bénéfices au premier rebond, grâce notamment aux trackers (fonds indiciels cotés en Bourse). « Les volumes traités sur les produits ont doublé. De nombreux investisseurs sont sortis des fonds actions traditionnels pour miser sur ces outils plus souples », observe Éric Wohleber, directeur de Barclays Global Investors en France.
D'autres font preuve de prudence. « Nous utilisons davantage de produits structurés dans les portefeuilles, de façon à être exposé aux actions, mais avec une couverture en cas de baisse des marchés », explique Tim Harris, le responsable de la stratégie d'investissement de JP Morgan Private Bank.
La Fed à la manoeuvre
À plus long terme, certains gestionnaires ont en effet confiance dans la capacité de la banque centrale américaine (Fed) à éviter une récession aux États-Unis. La baisse des taux décidée outre-Atlantique cette semaine semble leur donner raison. Sans oublier qu'en période électorale, le gouvernement américain pourrait accorder quelques cadeaux fiscaux. Enfin, le dynamisme des pays émergents pourrait atténuer l'impact du ralentissement américain pour la croissance mondiale. « Celle-ci devrait se maintenir à des niveaux de 3,5 % à 4 % l'an prochain », estime Tim Harris. Les résultats des entreprises ? « Même si les profits des banques chutaient de 20 %, la croissance aujourd'hui attendue des autres secteurs suffirait à offrir une hausse de 8 % du S & P 500 toutes choses égales par ailleurs », rappelle Tim Harris. Pas question, dans ce scénario, de se priver des actions.
Mais les profits des entreprises vont-ils résister ? « En général, dans le cycle économique, une baisse des prix de l'immobilier est suivie d'une remontée des taux des obligations privées, puis d'une révision à la baisse des profits attendus, qui pousse les investisseurs à se replier sur les obligations. Les estimations de bénéfices pour 2008 vont donc sans doute être révisées », explique John Pickard, responsable des actions européennes chez UBS Global Asset Management. Sa stratégie en tire les conséquences : place aux grandes valeurs, aux entreprises sans surprise, qui offrent une bonne visibilité sur leurs résultats, des cash-flows importants et réguliers...
Chez Groupama, dans le doute, les obligations ont repris une place de choix dans les portefeuilles. Et les prévisions pour le CAC 40 à un an ne tablent que sur un modeste 5 450 points.
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