 |
5 milliards d'euros subtilisés avec une célérité inouïe, cela donne forcément plus que le tournis, un sacré coup de bambou. En lui-même, l'événement qui est de taille, n'est pas sans rappeler l'affaire «Barings». Sauf que cette fois-ci, devant le pactole parti en fumée, Nick Leeson, avec 1,4 milliard de dollars dilapidés, paraît comme un simple larcin. Idem pour Yasuo Hamanaka qui avait coûté plus de 2,5 milliards de dollars au japonais Sumitomo en 1996, après avoir spéculé sur le cuivre. Même Brian Hunter, qui a pris des positions hasardeuses sur le gaz naturel en 2006, provoquant une perte de 6,6 milliards de dollars et l'effondrement du fonds spéculatif (hedge fund) Amaranth, aura été détrôné au regard de l'ampleur de l'escroquerie opérée dans l'Hexagone.
Hier jeudi, en plein tsunami boursier mondial, la banque de l'Hexagone a été contrainte d'annoncer une fraude interne de 4,9 milliards d'euros. Et à moins d'une bouée de sauvetage «providentielle», l'établissement bancaire français risque la banqueroute. Selon les explications de la banque, rapportées par l'AFP, la fraude a été découverte le 19 janvier : un trader, opérant dans une sous-division de ses activités de marché, a profité de «sa connaissance approfondie des procédures de contrôle», pour dissimuler ses positions grâce à un montage élaboré de transactions fictives.
L'employé à l'origine de la fraude, opérant à Paris et dont l'identité n'a pas été révélée, a été démis de ses fonctions. Selon le PDG du groupe, Daniel Bouton, rapporte l'AFP, «c'est un homme seul qui a construit une entreprise dissimulée à l'intérieur du groupe en utilisant les instruments de la Société générale et qui a eu l'intelligence d'échapper à toutes les procédures de contrôle».
Il a précisé que le trader avait agi tout au long de l'année 2007 et qu'une plainte allait être déposée à son encontre. Le directeur général délégué de la Société générale, Philippe Citerne, a estimé, pour sa part, que c'était «un acte inexplicable (...) de malveillance».
Daniel Bouton a précisé que la fraude «est extrêmement sophistiquée dans les méthodes de dissimulation, même si elle est extrêmement simple dans ses supports». «L'employé qui a commis cette fraude ainsi que toute la ligne hiérarchique de supervision (...) vont quitter le groupe ainsi qu'un ou deux autres responsables, ce qui concerne quatre à cinq personnes», a indiqué le patron du groupe bancaire.
Le gouverneur de la Banque de France et le secrétaire général de l'Autorité des marchés financiers (AMF) ont été «immédiatement informés» de cette fraude et une plainte devant la justice est en cours de dépôt, a-t-il ajouté
La Société générale a liquidé depuis ces positions mais compte tenu de leur taille et des conditions de marché particulièrement défavorables, cette escroquerie a un impact négatif sur son résultat net. Rapporté aux trois illustres cas précités, cela représente quelque 7,2 milliards de dollars, soit une nouvelle, et triste, référence.
La banque a aussitôt soldé les positions pour éviter que le gouffre ne se creuse encore.
Dans un contexte de marché explosif, accentué par une suspicion accrue sur l'exposition des établissements financiers à la crise du crédit, la nouvelle pouvait difficilement plus mal tomber pour la Société générale. «Il va désormais falloir que l'établissement se penche sur ses procédures de contrôle interne pour comprendre comment une perte aussi abyssale, du fait d'un seul homme bien renseigné sur les garde-fous dont disposait la banque, a pu être accumulée». En tous les cas, une chose est sûre : cette affaire montre que les banques, en dépit de l'adoption de moyens sophistiqués de gestion de risque, sont toujours à la merci d'un employé qui connaît assez bien ces moyens pour pouvoir les contourner afin de dissimuler ses pertes.
------------------------------------------------------
Il était une fois Barings
L'affaire Nick Leeson, ce courtier britannique, avait entraîné la banqueroute en février 1995 de la vénérable banque Barings. Ses spéculations sur le marché de Singapour avaient entraîné un trou de 860 millions de livres de l'époque. La Barings, fondée en 1762 par Sir Francis Baring et dont la reine Elizabeth II était cliente, a finalement été rachetée par le groupe ING pour une livre symbolique.
Condamné à six ans et demi de prison, Nick Leeson a été libéré en 1999 pour bonne conduite . Souffrant d'un cancer du colon, il a subi durant son séjour en prison une intervention chirurgicale, son cancer étant ensuite considéré comme en complète rémission. Leeson s'est installé en 2002 à Galway en Irlande où il a accepté de devenir directeur commercial du club de football local.
|