 |
L'euro a franchi le seuil des 1,50 dollar fin février, avant d'atteindre un sommet à 1,59 dollar le 17 mars. Il s'est depuis replié vers les 1,54 dollar.
"Nous sommes à un seuil où l'on peut parler d'alarme" pour les entreprises, prévient Ernest-Antoine Seillière, le patron des patrons européens. Rester compétitifs devient "très compliqué", estimait Emma Marcegaglia dans un entretien à l'AFP et au quotidien français La Tribune début mars.
"La situation est limite pour les PME, car le moment viendra où elles ne pourront plus réduire les marges" pour rester compétitives, confirme Balbino Prieto, patron du Club des entreprises espagnoles exportatrices.
Pour ces industriels européens, l'envol de l'euro renchérit le coût de leurs produits sur les marchés étrangers, freinant du même coup leurs exportations, avec à terme le risque de perdre des parts de marché.
Comme les politiques de couverture de changes ou les hausses de tarifs, censées atténuer les effets néfastes de l'euro fort, risquent de trouver leurs limites, certains groupes n'hésitent plus à miser sur leurs sites installés en zone dollar, aux Etats-Unis ou dans des pays à bas coûts.
"Le mouvement de localisation d'investissements d'entreprises de la zone euro dans les pays hors zone euro est en train de s'accélérer", constate Yvon Jacob, président du Groupe des fédérations industrielles (GFI) françaises qui représente 150.000 entreprises et six millions d'emplois directs et indirects.
En Allemagne, le constructeur automobile BMW a récemment décidé d'augmenter les capacités de production de son usine américaine de Caroline du Nord (nord-est), en y investissant 500 millions d'euros.
Son compatriote Volkswagen doit aussi prendre cet été une décision sur sa future implantation en zone dollar, de préférence aux Etats-Unis, où il fabriquerait ses petits modèles dont la rentabilité est moins élevée que pour les grosses berlines.
Les annonces de ce type se sont multipliées dans l'aéronautique.
Le français Dassault Aviation veut accroître l'externalisation de la fabrication de ses avions d'affaires Falcon dans des pays à bas coût ou en zone dollar. Et Latecoère va investir 100 millions d'euros pour créer un parc aéronautique en Afrique du Nord, où un millier de salariés du groupe construiront des pièces simples.
En décembre, le président de Dassault Aviation et du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), Charles Edelstenne, avait emboîté le pas du président exécutif d'EADS Louis Gallois, qui affirmait que le niveau du dollar était son "principal problème" et que s'installer en zone dollar devenait "le seul moyen".
Depuis, EADS a annoncé qu'il allait profiter du contrat de 179 ravitailleurs de l'armée de l'air américaine pour installer une chaîne d'assemblage d'avions civils aux Etats-Unis, où ses Airbus A330 cargo seront aussi désormais assemblés. Montant de l'investissement: 600 millions d'euros à partager avec son partenaire américain Northrop Grumann.
Cette décision a suscité l'inquiétude de la CGT-Métallurgie, qui y voit un "présage" de "nouvelles délocalisations d'activités".
Pour Yvon Jacob, ces investissements sont "une lourde menace pour l'emploi", car même si les taux de changes redeviennent "plus favorables", ces investissements, une fois concrétisés, "ne reviendront pas chez nous".
Plus généralement, la Confédération européenne des syndicats a exhorté début mars la Banque centrale européenne (BCE) à réagir à la hausse "alarmante" de l'euro et à soutenir la croissance en baissant ses taux d'intérêt, car selon elle, l'emploi est désormais menacé.
|