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Annoncée en grande pompe par Nicolas Sarkozy le 8 janvier dernier, la commission Stiglitz s'est discrètement réunie mercredi pour la première fois. Dans un lieu incongru : les salons du ministère de la Fonction publique plutôt réputés jusqu'à présent pour héberger les interminables négociations salariales des fonctionnaires. Ils abriteront, désormais, des discussions plus conceptuelles puisque les 26 membres de la commission ont vocation à y siéger trois ou quatre fois au moins d'ici la fin de l'année. Invités à dîner par le ministre de l'Économie et de l'Emploi, Christine Lagarde, ces universitaires venus du monde entier ont précisé le champ de leurs travaux.
Il ne s'agira pas de mesurer le bonheur ou le bien-être de la France. «Cela aurait été déplacé, dans le climat actuel d'envolée des prix alimentaires et énergétiques», reconnaît-on au ministère de l'Économie. Plus prosaïquement, donc, ils devront déterminer «la mesure de la performance économique et du progrès social», conformément à la feuille de route initialement fixée par le chef de l'État : «Il faut réfléchir aux limites de notre comptabilité nationale et mieux prendre en compte les conditions réelles et la qualité de vie des Français.»
Sur le papier, le groupe a fière allure, avec quatre Prix Nobel d'économie : outre son président, l'Américain Joseph Stiglitz, et son vice-président, l'Indien Amartya Sen, on y retrouve Daniel Kahnemann, de Princetown, et James Heckman, de Chicago. Les économistes français (un quart des membres), seront conduits par Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE, qui assurera le rôle de coordinateur général.
De quoi vont-ils parler ? «Nous allons étudier de nouveaux indicateurs, tels que la mesure du temps, par exemple, très utile pour mesurer l'évolution de la qualité de vie, ou encore la question de l'allongement de la durée de vie à bien-être constant, qui montre les progrès du système de santé», détaille Enrico Giovannini, chef du département statistique de l'OCDE.
«Soyez pédagogues»
Pourquoi, aussi, continuer à raisonner en produit intérieur brut (PIB) plutôt qu'en produit intérieur net (PIN) qui prend en compte l'amortissement des investissements publics et permet de mieux mesurer les efforts des pays en matière de dépenses d'avenir ? «Tous ces indicateurs existent, ce qui manquait jusqu'à présent, c'était la volonté politique de les mettre en avant», explique Joseph Stiglitz, heureux de voir que la France ait décidé de franchir le pas en premier.
«Vous êtes libres d'explorer toutes les pistes mais nous ne vous demanderons qu'une seule chose : soyez pédagogues et faites en sorte que le résultat de vos travaux puisse être compris par le plus grand nombre de concitoyens», lui a répondu Christine Lagarde. Aucun résultat n'est attendu avant plusieurs mois, voire un an. «Nous voulons travailler dans un temps plus long que celui de la politique pour éviter tout malentendu», confie l'un des membres. Théoriciens, certes, mais pragmatiques quand même…
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